Alternative Police Grand Est : “Être à la CFDT, c’est sortir de sa corporation” (SH / 6 Avril 2021)

Publié le 12/04/2021

Présente depuis 2017 dans le Grand Est, Alternative Police CFDT transforme le paysage syndical de la région. Transparence, amélioration des conditions de travail et de la qualité de vie au travail… : les militants remettent les agents au cœur de leur action. Et ça paye. En 2020, ils ont enregistré une progression des adhésions de + 144 %.

« C’est simple, il a fallu partir de zéro et tout construire », se remémore Cyril Baudesson. Entré dans la Police nationale en 2003 ; ce militant depuis 2017 est aujourd'hui secrétaire zonal d’Alternative Police CFDT pour le Grand Est. Dès le début, il a fallu frapper fort et vite. D’abord, annoncer à ses proches qu’il allait mettre sa carrière professionnelle en pause… et se consacrer au syndicalisme. « Je craignais la réaction de mes parents. »

À la question « quelle organisation ? », Cyril répond « CFDT ! »… et c’est un ouf de soulagement de ses parents, tous deux anciens militants CFDT. « J’ai redécouvert cette partie de leur vie, que j’avais complètement occultée. »

“En 2017, nous sommes partis quatre mois sur les routes. Nous sommes allés de commissariat en commissariat, de ville en ville.”

Cyril Baudesson, secrétaire zonal d’Alternative Police CFDT pour le Grand Est

Mais le plus dur reste à venir : faire connaître Alternative Police aux 14 000 fonctionnaires de la zone. « En 2017, nous sommes partis quatre mois sur les routes. Nous sommes allés de commissariat en commissariat, de ville en ville. » Des kilomètres et des heures à n’en plus finir pour couvrir les dix-huit départements de la grande zone Est (comprenant la Bourgogne-Franche-Comté) : de Charleville-Mézières (Ardennes) à Mâcon (Saône-et-Loire) et de Nevers (Nièvre) à Strasbourg (Alsace). Tout n’a pas été facile car, dans la police, Unité SGP Police-FO, Unsa Police et Alliance Police Nationale (CFE-CGC), les trois syndicats « historiques » qui se partagent jusque-là la représentativité, n’ont aucunement l’intention de faciliter l’arrivée d’un nouvel acteur.

Dresser un état des lieux complet

« Vous n’êtes pas les bienvenus. Ici, vous n’êtes pas chez vous », se sont entendu dire à plusieurs reprises les militants lorsqu’ils ont voulu franchir la porte de certains établissements. Pas de quoi décourager Cyril et Christophe Grosjean, zonal adjoint, qui profitent de cette tournée afin de dresser un état des lieux complet de la zone et des établissements (effectifs, état des locaux, équipement, sympathisants…). « Cela nous a permis d’avoir une cartographie complète des attentes et des besoins de nos collègues et de rencontrer les élus locaux », explique Cyril. Et de poser les premiers jalons en vue des élections professionnelles de décembre 2018. Une véritable course contre la montre…

« Il a d’abord fallu expliquer notre démarche, les spécificités de la CFDT et montrer en quoi nous étions différents. » Alors en quoi, justement ? «  Contrairement aux autres organisations, nous faisons le choix de la transparence, de l’indépendance vis-à-vis de l’administration, nous ne faisons pas de fausses promesses… et nous ne restons pas dans les bureaux », ajoute Christophe Moussoux, coordinateur zonal Grand Est, délégué départemental adjoint de la Meurthe-et-Moselle et ancien responsable régional de l’Unsa Police, qui est venu grossir les rangs d’Alternative Police. «  Ce type de syndicalisme peut apporter beaucoup aux agents, le plus de protection aux agents, sans compromission, affirme ce supporteur de l’Olympique Lyonnais.  Je suis entré dans le syndicalisme sur des valeurs et des projets. Aussi je suis écœuré de voir qu’une fois les élections gagnées, certains tournent le dos à leur engagement et cherchent à tirer profit à titre personnel d’un travail syndical commun. »
 

“On est le syndicat qui dérange parce que l’on refuse que les arrangements se fassent au détriment des agents […]”

Sylvain André, secrétaire zonal adjoint Grand Est

Comme Christophe, ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à quitter les « historiques ».

« On est le syndicat qui dérange parce que l’on refuse que les arrangements se fassent au détriment des agents, résume Sylvain André, secrétaire zonal adjoint Grand Est, vingt-trois ans de service à son actif et fils de militant CFDT. Certains n’hésitent pas à mettre la pression sur les collègues en leur disant : “Si tu n’adhères pas chez nous, tu n’évolueras pas dans ta carrière.” » Des menaces possibles… jusqu’à ce que disparaissent les commissions administratives paritaires interdépartementales (Capi), il y a quelques mois. Une disparition souhaitée et revendiquée par Alternative Police. « Les agents adhéraient aux organisations qui y siégeaient simplement pour obtenir un avancement ou une mutation… »

Le collectif avant tout

À la CFDT, seul le collectif compte ; une des valeurs qui séduisent les collègues victimes de pratiques syndicales tordues. Résultat, lorsque sonne l’heure de déposer les listes en vue des élections de 2018, les candidats CFDT se déclarent les uns après les autres. En vingt et un mois d’existence, dix listes sont déposées (sur dix-huit départements). Et Alternative Police devient représentative dans cinq départements, avec plus de cent délégués et plusieurs centaines d’adhérents. Une sacrée prouesse, et le signe d’une volonté de changement exprimée par les agents. L’occasion aussi pour les militants de s’inviter dans les instances locales, de faire entendre une «  quatrième voix » et de poursuivre leur développement, comme au sein des Clas (commissions locales d’action sociale). Une dynamique que le coronavirus n’a pas enrayée, tant s’en faut.

Solidarité avec les collègues… et les personnels soignants

En mars 2020, alors que le Grand Est devient le premier territoire français à voir arriver l’épidémie et que les policiers manquent cruellement d’équipements de protection, Cyril Baudesson lance un appel aux dons le 18 mars 2020 sur les réseaux sociaux et sollicite ses réseaux. Dans la foulée, près de 60 000 masques FFP2 sont récupérés, des visières, gants et des milliers de litres de gel hydroalcoolique… qui sont distribués.
 
« Nous avons une nouvelle fois repris la route, les coffres remplis. Nous sommes passés dans tous les commissariats pour fournir des équipements de protection individuelle à l’ensemble de nos collègues, adhérents et non-adhérents. » Une démarche non partisane, indemne du clientélisme que certains cultivent, extrêmement appréciée et qui d’ailleurs se traduit immédiatement par un bon des adhésions (+ 35 % pour le seul mois de mai). Et parce que la solidarité est l’une des valeurs cardinales de la CFDT, Alternative Police a voulu la traduire en actes. Les policiers ont distribué aux militants CFDT des établissements hospitaliers les deux tiers des dons reçus. «  Être à la CFDT, c’est sortir de sa corporation », clame Christophe. Un message là aussi adressé aux organisations qui font le choix de l’entre-soi. «  Parce qu’un collègue peut avoir sa compagne qui est infirmière, parce qu’une policière peut avoir son mari qui est en première ligne. »

Améliorer le quotidien des agents

Présente sur le terrain, la CFDT poursuit sa marche en avant, le regard tourné vers décembre 2022 et les élections professionnelles. Des pages Facebook départementales dédiées viennent régulièrement informer les militants, et les groupes WhatsApp se multiplient, permettant de gagner en réactivité. L’objectif est clair : présenter une liste dans chacun des dix-huit départements. «  Nous avons enregistré en 2020 + 144 % d’adhésions, explique Cyril.  Nous avons étendu notre présence en proximité et dans l’ensemble des directions de la Police. Et, surtout, nous avons obtenu des résultats concrets pour les agents. »
 

La prise en charge d’une partie de la protection sociale complémentaire des agents est un marqueur fort. Autre avancée récente : la mise en place d’une crèche sur le site du Secrétariat général pour l’administration du ministère de l’Intérieur (Sgami) de Metz en vue de pouvoir répondre aux horaires atypiques des personnels. Plus largement, la CFDT a demandé que tout nouveau bâtiment regroupant plus de 400 agents mette une crèche à leur disposition.

La recette CFDT d’un haut niveau de syndicalisation

Existe-t-il une recette à cette fulgurante progression ? «  Une équipe soudée usant d’un langage de vérité, une complète transparence et des réponses au plus près des préoccupations des agents. Nous gagnons la confiance de nos collègues par nos actions. » «  Nous avons un syndicalisme qui reçoit une adhésion particulière des collègues féminines, souvent oubliées dans la Police. À Nancy, il a fallu batailler deux ans, de 2018 à 2020, pour séparer les toilettes du commissariat et offrir ainsi plus d’intimité aux femmes », ajoute Cyril.
 
Quel objectif pour les élections de 2022 ? «  Progresser encore, tout en faisant baisser les risques psychosociaux, en améliorant les conditions de travail, en étant aux côtés de chaque collègue en difficulté et en garantissant une vraie protection juridique. » L’équipe s’y attelle chaque jour.