« Sauvons l'hôpital ! »

Publié le 08/03/2012
Cinq cents personnes se sont réunies à l'hôpital de Mont-Saint-Martin pour manifester leur attachementà une offre de soins de proximité. La mobilisation a été appréciée tant par les élus que les syndicats et le personnel hospitalier.
« Sauvons l'hôpital ! »
« Sauvons l'hôpital ! »
Cinq cents personnes se sont réunies à l'hôpital de Mont-Saint-Martin pour manifester leur attachementà une offre de soins de proximité. La mobilisation a été appréciée tant par les élus que les syndicats et le personnel hospitalier.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 08 Mars 2012 / MMN /

 

 

Photo Samuel MOREAU.

Hier après-midi, cinq cents personnes se sont rassemblées à l'Hôtel-Dieu de Mont-Saint-Martin pour « sauver l'hôpital ! ». Trois cents ont ensuite manifesté à plusieurs endroits stratégiques.

réunies hier à 13 h 30 à l'hôpital de Mont-Saint-Martin, cinq cents personnes ont manifesté tout l'après-midi au cri de « Sauvons l'hôpital ! » Récit d'un cortège voguant à la dérive entre colère et stress au gré d'informations contradictoires.

Hôtel-Dieu

Il est 13 h 30. La cour d'honneur de l'hôpital de Mont-Saint-Martin déborde. Élus, syndicats, personnels soignants, commerçants et citoyens lambda ont répondu présents pour montrer leur attachement à l'offre de soins de proximité qu'il représente. Serge de Carli entame le bal des discours. À 15 h, avec une délégation d'élus, il a rendez-vous chez le préfet de Région pour plaider la cause de l'hôpital. « Ce sont des heures cruciales pour le bassin. Depuis mardi matin, le dossier est passé sur le bureau de Nicolas Sarkozy, assure-t-il. Demain (aujourd'hui, NDLR), un conseil d'administration se tiendra à Alpha-Santé. Une décision devrait être prise dans les heures qui viennent . »

Édouard Jacque, maire de Longwy, traduit le sentiment qui habite désormais les personnels de l'Hôtel-Dieu, qui oscille entre espoir et désillusion. « J'ai beaucoup de doutes et pas de certitude : l'État ne doit pas nous abandonner en rase campagne. Mais que l'on m'explique comment un gestionnaire peut faire si la tarification ne correspond pas à l'activité ? », explique-t-il, reprenant l'un des thèmes de campagne de Serge de Carli, le rejet de la fameuse tarification à l'acte. La parole passe ensuite aux syndicats. Et là, la bombe est lâchée. « Le ministère de la Santé veut nous mettre en liquidation judiciaire », explose FO, selon une information de dernière minute provenant du syndicat à Paris. Il est 14 h, le feu et la poudre viennent de se rencontrer.

Rond-point de l'Europe

Et la réaction chimique ne tarde pas, cela fait bien boum ! Dans le brouhaha général, constitué de colère et dépit, l'incrédulité n'a pas sa place. Un cortège de trois cents personnes quitte l'hôpital, guidé par un véhicule du Smur, sirène hurlante, suivi de près par un cercueil en carton symbolisant l'Hôtel-Dieu. A la CFDT, l'heure est à l'amertume au niveau de la santé publique. « C'est la mort du privé à but non lucratif. Nous ne sommes pas le seul hôpital dans ce cas. Il faudra faire appel aux autres pour le combat ! » Dans la foule, trois secrétaires médicales. « C'est terrible ! Nous faisons parties des dernières embauchées, on sera les premières dégagées », analysent-elles. « Et mon mari travaille chez Arcelor... », souffle l'une d'elles. Après plusieurs tours de rond-point, le cortège reprend la route, direction la Belgique et les anciennes douanes.

Frontière belge

Il est 14 h 45. Pneus et palettes sont alignés, mais la police met en garde contre le vent. « Allumez le feu » reste métaphorique. Et prophétique, puisque rendez-vous est d'ores et déjà pris pour aujourd'hui, afin de manifester à Hayange, avant le conseil d'administration d'Alpha-Santé. Dans la foule se trouve Sophie. « J'habite Longuyon. L'an dernier, mon mari a fait un oedème de Quincke. Serait-il toujours là s'il avait fallu le transporter jusqu'à Thionville ? », interroge-t-elle. D'autres pensent à leurs parents en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes. « Nos proches. Ils vont aller où ? » S'ils n'ont pas la réponse, le cortège, lui, décide de conquérir Auchan.

Galerie commerciale d'Auchan

Il est 16 h. Dans le cortège qui tourne en rond, un médecin. « Dans le post mortem, tout n'est pas à jeter, métaphorise-t-il. Le privé reprendra les parties rentables, et dans six mois, on nous dira : les gens ont trouvé une solution ailleurs. Là, nous sommes en soins palliatifs terminaux. L'euthanasie arrive. » La foule ressort et part à l'assaut de la RN 52.

RN 52 et ronds-pointsde Longwy

Il est 17 h. Par petits groupes, les manifestants bloquent la RN 52 à Cosnes-et-Romain, mais aussi les ronds-points de la médiathèque et de la caserne des pompiers de Longwy. Toute la circulation est bloquée. Certains automobilistes commencent sérieusement à s'échauffer. « Il va falloir laisser passer, cela devient tendu. La préfecture est avertie », prévient la police. « C'est ce que l'on veut, et même que cela aille plus haut ! », répondent les manifestants, qui détendent tout de même les lignes. Il est 18 h, la circulation reprend ses droits. Tandis que des sources proches du dossier au ministère assurent qu'il n'est pas question de liquidation et que rien n'est encore joué puisque la trésorerie devrait tenir jusqu'à la mi-mai, ce qui laisserait un mois pour proposer un projet et pourquoi pas, négocier avec l'État.

O. F.