9 juillet 1979 : le Tour bloqué à Tellancourt

Publié le 05/07/2012
En cette année 1979, les sidérurgistes du bassin de Longwy multiplient les actions pour faire parler des emplois menacés et des luttes. Le 9 juillet, certains d'entre eux vont « perturber » le Tour de France.
9 juillet 1979 : le Tour bloqué à Tellancourt
9 juillet 1979 : le Tour bloqué à Tellancourt
En cette année 1979, les sidérurgistes du bassin de Longwy multiplient les actions pour faire parler des emplois menacés et des luttes. Le 9 juillet, certains d'entre eux vont « perturber » le Tour de France.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 05 Juillet 2012 / MMN /

 

 

« Il nous fallait à tout prix attirer l'attention sur le bassin. Le soir, en rentrant, on a regardé les infos : ils en ont parlé », se souvient Renzo Molli. Photo Samuel MOREAU

Bernard Hinault avait râlé, à cause de cette manifestation. Ça perturbait le Tour de France selon lui. Les organisateurs avaient dévié une partie de l'étape, et il y avait donc un peu de retard. Mais nous, on s'en foutait de sa réaction. On voulait parler des ouvriers en souffrance, faire entendre la voix des luttes. »

Durant cette Grande Boucle 1979, deux logiques s'opposent lors de la douzième étape Rochefort-Metz (193 km) prévue le 9 juillet : celle du sportif qui pense d'abord à gagner, et celle des sidérurgistes en passe de perdre leur emploi et de voir leur vie bouleversée. Monique et Renzo Molli - ce dernier étant alors délégué CGT du personnel à la centrale d'Herserange - faisaient partie des « agitateurs. » Ils se souviennent avec précision et un grand plaisir de ce jour particulier.

« On était en plein combat, proche de l'insurrection. La CFDT avait 'kidnappé' Johnny Hallyday en mars, et on s'apprêtait à voler la Coupe de France en août. On multipliait les actions pour qu'on parle du bassin au niveau national et pour défendre les 30 000 emplois menacés. Lors d'une intersyndicale, quelqu'un avait proposé de faire un coup sur le Tour de France. On avait accepté. »

9 juillet : à l'aube, une quarantaine de voitures remplies de salariés des usines du coin prennent donc la direction de Tellancourt où doit passer la caravane du Tour, à la moitié du parcours environ. Elles se postent en milieu de la route. « On n'avait aucun problème de conscience à bloquer ces choses publicitaires. Les premiers véhicules sont arrivés, avec des organisateurs. Il a fallu parlementer avec eux. »

Après des dizaines de minutes d'échanges, ces derniers acceptent qu'une voiture des manifestants prenne place au sein du cortège. C'est celle des époux Molli qui sera choisie.

« Sur notre R6 verte, recouverte d'autocollants et de calicots 'Longwy vivra' ou en hommage aux ouvriers et aux différents syndicats, on avait installé un mégaphone, relié à un micro à l'intérieur. Renzo conduisait, et moi je parlais. » De Tellancourt à Metz, soit sur un peu plus de 73 km, Monique Molli explique au public la situation du bassin de Longwy et lui propose d'écouter la radio Lorraine coeur d'acier. « La radio venait de démarrer, et elle était illégale. Il fallait la soutenir. Et puis je parlais de tous ces emplois qui allaient disparaître, des jeunes qui n'auraient plus rien. Moi qui n'ai pas l'élocution facile, je n'ai jamais autant ouvert ma bouche de toute ma vie. »

Chose que les Molli n'avaient pas prévue : les spectateurs applaudissent et crient des encouragements aux sidérurgistes. Le triomphe est total. « On était heureux de voir que notre message passait bien, que les gens comprenaient. Les gars restés à LCA pleuraient même d'émotion. »

Un peu plus d'une heure après le départ de Tellancourt, l'arrivée se profile à l'horizon. « On a été déviés à 500 m de là, comme toute la caravane en fait. »

La journée restera gravée à vie dans leur mémoire. Surtout pour ces deux passionnés du Tour de France, qui permet « de faire abstraction de tous les problèmes. Et puis c'est joli à regarder, et il y a un petit peu de culture. »

Quant à l'objectif de ce 9 juillet... « Toutes les actions n'ont pas été vaines. Même si les usines ont fermé, on a obtenu la retraite à 50 ans pour des milliers de personnes. »

Sébastien Bonetti.