Baroud d'honneur

Publié le 28/10/2012
Défilé, hier matin, à Baccarat, d'une vingtaine de salariés d'un supermarché Carrefour bientôt fermé. Le magasin, toujours à l'enseigne Champion était une « véritable institution » à Baccarat : il avait été le premier supermarché à ouvrir ici ses portes, il y a 41 ans.
Baroud d'honneur
Baroud d'honneur
Défilé, hier matin, à Baccarat, d'une vingtaine de salariés d'un supermarché Carrefour bientôt fermé. Le magasin, toujours à l'enseigne Champion était une « véritable institution » à Baccarat : il avait été le premier supermarché à ouvrir ici ses portes, il y a 41 ans.

© L'Est Républicain, Dimanche le 28 Octobre 2012 / 24 heures Meurthe-et-Moselle  

 

Le client ne sera plus accueilli au supermarché du groupe Carrefour, situé rue des Cristalleries, à Baccarat, dès le 18 novembre prochain. La fermeture définitive du site est programmée 15 jours plus tard, le 30 novembre. Dix-huit salariés, dont un homme, travaillent là. La doyenne des employés compte 31 ans de présence dans cet espace commercial ouvert en 1971, qui a pris successivement les enseignes Bravo, Europrix puis Champion. « Nous avons appris la décision du groupe Carrefour lors d'une réunion avec la direction le 5 septembre dernier. Il n'y a pas de repreneur. Notre manifestation du jour, c'est pour montrer notre mécontentement. On n'espère rien. On veut juste marquer le coup », soufflait Brigitte Villemin, salariée depuis 12 ans et élue CFDT, arborant hier matin, sur le parking du magasin, le slogan éloquent et brutal « décédé le 30/11/12 », scotché sur son gilet orange fluo.

Résignés, les employés n'ont pas été réellement surpris de l'arrêt de l'activité imputable, au moins en partie, à une baisse du chiffre d'affaires estimée par la direction à -30 % en un an et demi. « On est salarié Carrefour depuis juillet 2011 sur nos fiches de paie. Et pourtant, jamais l'enseigne Champion n'a été changée. Le magasin est vétuste, on n'a quasiment pas de chauffage. Rien n'a été fait », rapporte la représentante syndicale. Le manque d'investissement, pointé du doigt par l'ensemble du personnel, est d'ailleurs bien antérieur à la reprise de la cellule par Carrefour. Juste avant l'été, la commission de sécurité avait fait état de nécessaires et importants travaux de mise aux normes. La direction avait trois mois pour les réaliser mais l'orientation prise a changé la donne. Ces salariés bachamois sont victimes d'une logique économique et d'un marché qui a évolué : pour s'approvisionner, la clientèle s'évade vers d'autres enseignes de la ville, Aldi ou Liddl pour les dernières arrivées, ou Intermarché, qui a su se transformer.

Ils étaient donc une petite cinquantaine de personnes, hier matin, à défiler, silencieusement ou fredonnant une marche funèbre, portant cercueil en carton ou banderoles aux slogans publicitaires détournés, dans les rues glaciales de la cité du Cristal jusqu'à la mairie. Dans le cortège, des ouvriers des Cristalleries ou des clients solidaires, à l'image de Monique : « Moi, j'ai toujours fait mes courses ici. Je les connais toutes, c'est comme si elles faisaient partie de la famille. J'habite rue du Parc, je pouvais venir faire mes courses à pied. Et maintenant ? », s'interroge la retraitée.

Josette Renaux, maire, et une partie de l'équipe municipale, étaient dans les rangs pour soutenir les manifestants dont les reclassements proposés, des mi-temps dans les Vosges ou des contrats de 35 h à Amiens ou Dunkerque, sont jugés impossibles à tenir. Devant les salariés, Mme le Maire a indiqué qu'elle veillerait à ce que leurs « droits soient respectés » et les a invités à « avoir confiance en l'avenir », le regain d'activités des Cristalleries devant apporter des formations sur place.

« Pas fatalistes, juste réalistes », Bernadette, Brigitte, Tino et leurs collègues se sont montrés très dignes, reprenant leur travail, après ce débrayage d'une heure.

Pascale BRACONNOT