Grève chez Edscha : « Travailler plus pour gagner moins »

Publié le 18/03/2010
Edscha en grève depuis hier matin. Pour une durée « indéterminée », avancent les syndicats. Pour eux, pas question de passer aux 39h sans augmentation de salaire, comme le souhaite l'administrateur allemand.
Grève chez Edscha : « Travailler plus pour gagner moins »
Grève chez Edscha : « Travailler plus pour gagner moins »
Edscha en grève depuis hier matin. Pour une durée « indéterminée », avancent les syndicats. Pour eux, pas question de passer aux 39h sans augmentation de salaire, comme le souhaite l'administrateur allemand.

Le Républicain Lorrain, Jeudi le 18 Mars 2010 / MMN /
 

 

Les salariés d'Edscha à Briey, qui gagnent en moyenne 1 300 EUR net par mois, ont débrayé à 11h hier, se positionnant à l'entrée de leur usine pour empêcher le passage des camions.

Des palettes en bois sont jetées à l'entrée de l'usine, pour empêcher les camions d'entrer ou de sortir. Seules les voitures du personnel non-gréviste peuvent passer. Deux employées expriment leur sympathie, une troisième passe le visage fermé, la vitre tout autant. « C'est parce que c'est une future cadre », sourit un gréviste.

Mais les manifestants ne rigolent pas. Emmenés par les leaders syndicaux CFDT, CFTC et CGT, 85 à 90 % des 150 salariés d'Edscha France sont en grève depuis hier 11h sur la zone industrielle de la Chénois, à Briey. « Et pour une durée illimitée, jusqu'à ce que l'on obtienne gain de cause », avance Samuel Pipoli (CFDT).

Son syndicat et les deux autres rejettent les propositions du 'camp' d'en face : un passage aux 39h sans augmentation de salaire et 80 % des emplois préservés pendant 5 ans si le chiffre d'affaires grimpe de 5 %. « Ou maintien de l'emploi à 70 % pendant 3 ans si l'augmentation du chiffre d'affaires est inférieur à 5 % », souligne Louis Machado (CFTC). Des propositions qui émanent de Ralf Schmitz, l'administrateur allemand (lire ci-dessous) que les leaders syndicaux et la direction ont rencontré hier matin à l'aéroport de Luxembourg. « Parce que M. Schmitz ne veut plus passer un sale quart d'heure en France. La dernière fois, il s'est fait tancer par les politiques », raille Louis Machado, évoquant une réunion qui s'est tenue en catimini début février, à la sous-préfecture de Briey (lire ci-dessous).

De son côté, Samuel Pipoli insiste : « D'accord pour passer aux 39h mais avec des compensations de salaire et surtout, des garanties sur l'avenir du site. Car c'est bien beau de faire des sacrifices, mais si c'est pour que l'usine ferme dans 3 ans... » Et de lancer : « M. Nicolas S. avait dit 'Travailler plus pour gagner plus' mais pas 'Travailler plus pour gagner moins'. »

1 300 EUR net

Une salariée approche : « J'ai 13 ans d'ancienneté mais ne touche que 1 300 EUR net. On veut bien faire des sacrifices pour conserver nos emplois mais pas à n'importe quel prix ! » Elle ajoute que pour la première fois, tous les services sont en grève. Preuve que le climat s'est sérieusement dégradé depuis le 2 février 2009, date à laquelle Edscha, qui fabrique des arrêts et des charnières de porte pour l'automobile, a été placée en 'insolvabilité' en Allemagne (siège du groupe). Soit l'équivalent du redressement judiciaire en France.

Les élusréagissent

La situation est telle que Jean-Yves Le Déaut n'hésite pas à se déplacer sur le site en ce mercredi après-midi. Il exprime son soutien aux grévistes et monte voir Sylvie Reynier, la directrice de l'usine (qui n'a pas souhaité parler à la presse, NDLR). « J'ai l'impression que l'administrateur fait traîner les choses », livre, à la sortie, le vice-président du conseil régional. « On devait revoir ce monsieur 15 jours après notre réunion en sous-préfecture. Mais depuis, plus de nouvelles. Même chose du côté de M. Riberas, le patron de Gestamp (qui pourrait racheter Edscha, ndlr). Je lui ai écrit en décembre mais il ne m'a pas répondu. J'invite ce monsieur à venir le plus rapidement possible pour que la situation se débloque. On voudrait qu'il clarifie sa position vis-à-vis du site briotin. »

Guy Vattier ne s'est pas déplacé sur la ZI de la Chénois. Mais lui aussi réagit : « Je pensais que l'administrateur avait compris le message la dernière fois en sous-préfecture. Proposer 39h sans augmentation de salaire, c'est de la provocation. A mon avis, c'est une manoeuvre pour justifier la fermeture du site alors que le marché et les clients sont là. » Les clients justement : un responsable de Peugeot (PSA représente 65 % de la clientèle d'Edscha) devait rencontrer grévistes et direction hier soir. Car on parle déjà d'un arrêt de la production chez Peugeot à Sochaux, Aulnay et Poissy , faute de livraison des pièces...

G. I.