L'hôpital est malade

Publié le 20/03/2010
Le personnel non-médical du CHU paie l'addition du contrat de retour à l'équilibre. Les syndicats réclament un moratoire.
L'hôpital est malade
L'hôpital est malade
Le personnel non-médical du CHU paie l'addition du contrat de retour à l'équilibre. Les syndicats réclament un moratoire.

Samedi 20 Mars 2010, © L'Est Républicain / 24 HEURES MEURTHE ET MOSELLE

 
Depuis début mars, un préavis de grève a été déposé chaque semaine.

Les doléances d'usagers sont de plus en plus nombreuses. « Un soir, nous sommes arrivés à l'hôpital d'enfants avec notre fillette, lourdement handicapée. Il y avait une seule infirmière pour 12 petits patients, dont un au moins nécessitait des soins importants. La pauvre blouse blanche faisait tout pour se montrer sereine, mais on voyait bien qu'elle ne l'était pas. A notre inquiétude de parents s'est ajouté le stress d'une situation vraiment tendue ». Un témoignage parmi d'autres.
Rien détonnant, répond Alex Gorge, secrétaire de la section CFDT, « une infirmière et un agent de service hospitalier pour 12 lits, c'est le ratio déterminé par la hiérarchie ». Pour tous les services, y compris les plus délicats : la neurochirurgie et la chirurgie vasculaire, là où la charge de travail est la plus importante.
« Il suffit d'un grain de sable, d'une absence pour que nous nous retrouvions en dessous du service minimum ». Ainsi récemment, au service long séjour, une ASH s'est vue attribuer la charge de 52 chambres ; une infirmière en allergologie, 18 lits !
Et les exemples de dysfonctionnements se multiplient. « Nous sommes dans une tension extrême... plus, plus, plus ». Les personnels sont usés, épuisés, même à la veille de RTT ou de congés, puisque toujours susceptibles d'être rappelés pour palier les manques.

De 7 à 45 minutes d'attente au bureau des entrées 

« Nous demandons une étude d'évaluation des charges de travail service par service en vue d'une réadaptation des effectifs minimums de fonctionnement. Nous réclamons également une équipe de secours dans chaque pôle et la création d'unités de soins continus pour sortir des secteurs les malades les plus sévèrement atteints».
D'autant que 2009 a été une « bonne » année pour le CHU. « Philippe Vigouroux l'a annoncé lui-même : en 2009, l'activité de l'hôpital a augmenté de 3,9 % et le très gros déficit (30 m d'euros sur 600 millions de budget annuel) ne s'accroît plus. Les fermetures de Villemin et Jeanne-D'Arc devraient considérablement amenuiser les coûts de logistique, la vente de leurs murs devrait apporter un peu d'oxygène aussi ». Bref, il semblerait qu'une éclaircie soit à l'horizon. Dans ce contexte, la CFDT appelle un moratoire. « Il faut suspendre le contrat de retour à l'équilibre financier, prendre le temps de réfléchir. Les personnels ne continueront pas dans ces conditions ».Rappelons que le plan mis en place en 2009 prévoit la suppression de 650 postes sur 4 ans.
Alex Gorge le reconnaît, les négociations - musclées (voir encadré)- aboutissent parfois. « Nous venons d'obtenir la création de 3 postes au bureau des entrées de Brabois ». Pas du luxe, quand on sait que le passage obligé dure entre 7 minutes si tout va bien à 45 minutes. « En fait, la direction avait prévu l'ouverture d'un guichet en plus pour le futur pôle de cardiologie sans moyen humain supplémentaire ! ». 

Valérie RICHARD