Ouvriers et syndicalistes ne voient toujours rien venir

Publié le 23/10/2012
Ils sont d'anciens syndicalistes, ou encore en activité, et d'anciens ouvriers. Ils parlent.
Ouvriers et syndicalistes ne voient toujours rien venir
Ouvriers et syndicalistes ne voient toujours rien venir
Ils sont d'anciens syndicalistes, ou encore en activité, et d'anciens ouvriers. Ils parlent.

© Le Républicain Lorrain, Mardi le 23 Octobre 2012 / LON /

 

 

Pour Angelo Baretti, si les élus n'ont plus d'idées, la population du Bassin en a. Photo Samuel MOREAU

 

Michel Olmi (secrétaire l'union locale CGT dans les années 70). -- « Depuis un demi-siècle, les politiques se couchent devant les industriels et les financiers, et vous voyez le résultat ici. Le système capitaliste est celui du profit, et du profit immédiat. Il a des raisons d'existence qui ne sont pas ceux des travailleurs. Je n'ai jamais espéré que la sidérurgie puisse être maintenue, à partir du moment où ces gens-là l'avaient décidé. La solution globale : renverser ce système à l'échelle mondiale, mais c'est une utopie. Le Pôle européen de développement (PED) a été un écran de fumée, pour calmer les esprits, autant qu'un échec. Mais les décideurs locaux n'ont aucun pouvoir. Ce qui est sûr, c'est que le tourisme (Vauban) n'amènera pas la vitalité nécessaire, tout comme le golf, même si ça redonne un peu de couleurs. Il faudrait l'implantation d'entreprises locales, et solides, dans le développement durable ou les énergies renouvelables par exemple. Mais l'argent a été dépensé ici, plus de douze millions d'euros pour le golf, et les caisses sont vides. »

Albert Falcetta (ancien actuel membre l'UL CGT). -- « On avait d'autres choix que celui de supprimer la sidérurgie. On disait qu'on produisait trop d'acier à l'époque, la suite a prouvé le contraire. C'était notre atout majeur, et on l'a détruit. Le golf est tout simplement scandaleux, et n'apportera rien. Les gens du voyage, et ce que certains appellent le problème de leur présence, auraient été bien à cet endroit. Et on résolvait tout. »

Robert Giovanardi (ancien et actuel responsable CFDT). -- « Au départ, le bassin était une erreur de l'Histoire, car sans l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne, et donc la concentration des capacités de production ici, la sidérurgie ne se serait jamais développée. La Communauté européenne s'est construite sur l'acier et le charbon, puis la France n'a pas voulu nationaliser ses outils, ce qui aurait permis de les moderniser. La mondialisation a joué, les pays mettant en place leurs capacités industrielles. On était l'Europe vieillissante qui ne pouvait sauver que des usines côtières. Puis Daewoo et les autres ont permis de faire vivre un peu de salariés pendant quelques années. C'était déjà ça. On a vécu les Trente glorieuses, on pensait être éternels. Le golf ? Pourquoi pas, mais ce n'est pas ma tasse de thé. On pourrait le contester aussi sur le plan écologique. Il nous faudrait relancer l'économie du bassin, d'abord en se rassemblant et en échangeant. Des gens compétents existent ici. Mais il n'y a pas de rassembleur, quelqu'un qui verrait loin. Car le jour où le Luxembourg tombera, et ça arrivera, on sera mal. »

Angelo Barretti (ancien ouvrier à Usinor). -- « Nationaliser, c'est-à-dire retirer les outils des mains des patrons rapaces, c'était une bonne idée. Mais le système pour rendre les gens dépendants et corvéables, a décidé de casser les savoir-faire qu'on avait ici. Les solidarités ont été brisées volontairement. Longwy est aujourd'hui la Belle au bois dormant qui attend son prince. Et pourtant, on pourrait s'engager vers l'avenir : pourquoi ne pas construire des éoliennes ici ? Le problème de la France, ce sont les lobbies (EdF, Areva à ce sujet) qui bloqueraient encore une fois tout. Le golf, c'est triste. On ne va pas proposer que des emplois de service quand même. Faisons participer la population à la prise de décisions, à l'échange d'idées. Il en ressortirait des choses. »