Renault Laxou : le désamianteur condamné

Publié le 23/03/2011
Le patron d'une entreprise nancéienne de désamiantage s'est retrouvé hier à la barre du tribunal correctionnel de Nancy, poursuivi pour avoir exposé en juillet 2008 ses employés aux poussières cancérogènes de l'amiante, dans les locaux de la succursale Renault de Laxou.
Renault Laxou : le désamianteur condamné
Renault Laxou : le désamianteur condamné
Le patron d'une entreprise nancéienne de désamiantage s'est retrouvé hier à la barre du tribunal correctionnel de Nancy, poursuivi pour avoir exposé en juillet 2008 ses employés aux poussières cancérogènes de l'amiante, dans les locaux de la succursale Renault de Laxou.

© L'Est Républicain, Mercredi le 23 Mars 2011 / 24 heures Meurthe-et-Moselle

 

Le chantier de désamiantage était effectué par tranches successives, afin de permettre à la société de continuer à fonctionner. Mais les travaux ne se déroulaient pas dans les meilleures conditions, selon le patron de la SARL Hollinger.

Le chef d'entreprise a assuré qu'un conflit entre la direction de chez Renault et les organisations syndicales a provoqué de nombreux reports de chantier. Tant et si bien que, le 1er juillet 2008, deux membres du comité d'hygiène et de sécurité de Renault (CHSCT) ont fait irruption dans la pièce qui devait être désamiantée, arrachant une partie du confinement. Cette pièce était le local syndical...

« Les membres du CHSCT sont intervenus car le désamiantage se passait mal. Toute une série d'obligations n'étaient pas respectées. Le CHSCT n'avait d'ailleurs pas été informé du démarrage du chantier », a dénoncé l'avocat des différentes parties civiles, CGT, CFDT, association de victimes de l'amiante, ainsi que membres du CHSCT ayant pénétré sur le chantier.

L'inspection du travail a été aussitôt alertée. « Les ouvriers de la SARL Hollinger étaient en bleu de travail. Ils ne portaient ni masques, ni combinaisons. Les locaux n'étaient pas correctement confinés. De la poussière noire passait sous la porte de la pièce à désamianter ! » a dénoncé le contrôleur du travail qui s'est rendu sur place.

Ses constatations étaient en contradiction avec le témoignage des ouvriers. Deux hommes en tenue de chantier sont en effet venus jurer, à la barre du tribunal, devant leur patron, qu'ils portaient masques et combinaisons. Le procureur n'a évidemment pas manqué de souligner que les deux ouvriers sont toujours employés par l'entreprise, et donc sous l'autorité du gérant. Le procureur a requis deux mois de prison avec sursis et 2.000 EUR d'amende contre le chef d'entreprise, qui a bruyamment manifesté sa désapprobation pendant que le contrôleur du travail livrait son témoignage accablant.

Mais pour l'avocat de la défense, le contrôleur n'a fait que constater l'arrachement du confinement par les membres du CHSCT. « Les ouvriers n'étaient que des préparateurs de chantier. Ils ne démarraient en rien le désamiantage ! La poussière d'amiante est d'ailleurs invisible, et pas noire ! » Me Brosseau a réclamé la relaxe du chef d'entreprise « qui est dans le désamiantage depuis quinze ans et n'a jamais été condamné pour aucun manquement ».

Le tribunal a décidé qu'il y avait un début à tout. Résultat : 3.000 EUR d'amende. Chacune des parties civiles obtient 1 EUR symbolique de dommages et intérêts.

Philippe MERCIER