Un licenciement qui fait des vagues

Publié le 22/06/2010
Un employé qui dit avoir subi des propos racistes. Une direction qui le licencie pour faute grave. L'usine Lorraine tubes de Lexy vit depuis quelques semaines une drôle d'histoire.
Un licenciement qui fait des vagues
Un licenciement qui fait des vagues
Un employé qui dit avoir subi des propos racistes. Une direction qui le licencie pour faute grave. L'usine Lorraine tubes de Lexy vit depuis quelques semaines une drôle d'histoire.

Le Républicain Lorrain, Mardi le 22 Juin 2010 / MMN
 

 

L'affaire qui secoue actuellement l'entreprise Lorraine tubes de Lexy n'est pas banale. Photo RL

Injures racistes suivies d'agression physique de la part d'un chef en direction de son ouvrier ou affabulations de ce dernier qui aurait menacé son supérieur ? L'affaire qui secoue actuellement l'entreprise Lorraine tubes de Lexy n'est pas banale.

Surtout depuis que l'antenne locale de la CFDT s'est saisie du dossier, avant d'en faire parvenir une copie aux sièges de la Ligue des droits de l'homme (LDH), de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) et du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap). Le député Christian Eckert a également eu droit à un courrier.

Au centre de cette histoire se trouve Salah Assal, ancien outilleur chez Lorraine tubes, qui a été licencié pour faute grave le 1er juin.

Résumé de l'affaire

Le site fabrique des tubes et tuyaux en métal destinés au marché de la construction et du machinisme.

La scè ne : « Je suis arrivé de Yutz le 24 février, avec uniquement des félicitations de la part de mes chefs et des augmentations de salaires normales. Le 17 mars, vers 12h30, il y a un problème sur la ligne LT4 de l'usine. Au lieu de réparer tout de suite, j'ai cherché la cause, pour que la casse ne se reproduise plus. Ce jour-là, je n'ai même pas mangé. »

Le contremaître revient vers 14h. C'est là que tout bascule. « Il m'a crié des choses racistes, assure l'ouvrier. J'ai essayé de parler, mais il m'a poussé au visage, faisant tomber mon casque. Voyant qu'il n'y avait pas moyen de discuter, je suis parti. » Le lendemain, « choqué », Salah Assal demande un jour de congé, qu'il obtient. Puis retourne à son poste normalement le 19 mars.

« Le contremaître m'a convoqué dans son bureau pour me présenter ses excuses et me dire qu'il n'avait rien à me reprocher sur mon travail. Pour moi, l'affaire était close. Mais notre chef de service est intervenu quelques jours après. Il m'a dit : 'Un chef n'a pas à s'excuser. Si ça avait été moi, je t'aurais licencié sur le champ.' »

L'artillerie lourde

Et finalement, c'est ce qui se passe, après un entretien entre la direction et le salarié. Ludovic Verhaeghe, délégué CFDT de l'entreprise, a accompagné ce dernier. « J'ai demandé au RH (responsable des ressources humaines) de calmer le jeu, et j'ai prévenu les chefs que ça risquait de provoquer un scandale pas possible.

Lorraine tubes n'est pas dans une bonne situation, et n'avait pas besoin de cette publicité. On aurait pu se passer de tout ça. Ils m'ont répondu qu'ils étaient prêts à assumer. »

Michel Maire, représentant CFDT et intervenant social à l'antenne locale de la Maison de la formation sur le PED, prend alors le relais. « J'ai fait le dossier pour les prud'hommes (on devrait passer en septembre-octobre), et j'attends les réponses du Mrap, de la LDH et de la Halde. Une main courante a été déposée à la gendarmerie. En tout état de cause, on ira en correctionnelle, à moins que l'employeur décide de calmer le jeu .

Ce type de licenciement est suspensif du contrat de travail, donc M. Assal n'aurait pas dû continuer à travailler du 17 mars au 1er juin. Ce fonctionnement du chef qui dit et de l'ouvrier qui se tait, c'est un retour 40 ans en arrière qu'on ne peut accepter. »

Salah Hassal, qui est « en dépression aujourd'hui », n'en revient toujours pas : « Je n'ai toujours eu que des félicitations pour mon travail, partout où je suis passé... »

Sébastien Bonetti.