Visés pour « insuffisance professionnelle » à la CAF

Publié le 08/07/2011
« Nous ne sommes pas fonctionnaires, nous dépendons d'un statut privé pour une mission de service public ».
Visés pour « insuffisance professionnelle » à la CAF
Visés pour « insuffisance professionnelle » à la CAF
« Nous ne sommes pas fonctionnaires, nous dépendons d'un statut privé pour une mission de service public ».

© L'Est Républicain, Vendredi le 08 Juillet 2011 / 24 heures Meurthe-et-Moselle

 

 

D'emblée, les représentants de l'intersyndicale (CGT, CFDT, FO) de la Caisse d'allocations familiales 54 tiennent à le dire, et la précision a de l'importance. Car c'est ce « statut » qui autorise « un licenciement pour insuffisance professionnelle ». Ce licenciement, c'est l'épée de Damoclès tendue au-dessus de quatre techniciens conseils, salariés en CDI depuis deux ans et qui rencontrent aujourd'hui même leur directrice.

C'est lors de leur « stage probatoire » qu'ils suivent depuis janvier (deux ans après leur embauche !) que ces quatre personnes sur une promotion de 28 se sont vues signifier une telle extrémité. En l'espèce : une lettre de convocation reçue individuellement le 30 juin, et « préalable à un licenciement ». « C'est le système à mettre en cause, pas les personnes », martèle une représentante CGT. Les quatre personnes visées ont autour de 30 ans et « vivent très mal cette situation », éclaire un autre.

« Insuffisance professionnelle » ? : traduire, d'après les syndicats, que ces salariés-là traitent environ 18-20 dossiers d'allocataires alors que le rythme quotidien d'un technicien a été fixé au niveau national à 24, chiffre que « même les plus chevronnés n'atteignent pas toujours » (21 après le stage). Un « accompagnement insuffisant », des changements de méthode et de système informatique aurait amplifié les soucis de ces jeunes, et entamé « leur confiance en eux ».

« Management de la terreur ? »

Cette culture du résultat est vilipendée par les syndicats (« production privilégiée au détriment de la qualité »), et le quatuor est dans la ligne de mire pour « faire un exemple », suppose l'intersyndicale.

La directrice, Viviane Chevalier, confirme que la procédure est liée à ce qu'elle « analyse comme insuffisance professionnelle ». D'après elle, ce n'est qu'aujourd'hui, « dans le traitement pratique avec les allocataires que sont apparues les difficultés ». Sous entendu : pas lors de leur formation théorique. « Je n'ai pas de prétention à l'infaillibilité », dit-elle, « étant donné que cette décision peut être lourde de conséquences, je me donne le temps de la réflexion ».

Pour contester cette procédure de licenciement, environ la moitié des salariés de la CAF 54 (145 agents grévistes soit 56 %) s'est mise en grève durant une heure hier matin, et envisage de la reconduire, chaque jour. Viviane Chevalier dit que « cette solidarité peut se comprendre » mais qu'elle a, elle, des responsabilités en tant qu'employeur et vis-à-vis des allocataires. Les quatre départs potentiels ne s'inscrivent nullement dans « un dégraissage déguisé », se défend-elle, pour preuve, « le Conseil d'administration a validé la création de postes en complément ». Quant au « management de la terreur », mode de fonctionnement actuel de la CAF selon l'intersyndicale, la directrice dit « ne pas se reconnaître là-dedans » : « C'est excessif ! Qui terrorise qui ? J'ai seulement un objectif de qualité et de quantité. Des exigences, c'est naturel ! » Après l'entretien préalable aujourd'hui, la décision finale devrait tomber en milieu de semaine prochaine.

Xavier FRERE