« C'est nous qui décidons et plus personne ne le fait à notre place ! »

Publié le 25/02/2012
Les salariés ont pris possession de l'usine et s'organisent pour faire parler d'eux et surtout être écoutés. Mais ils veulent plus que des paroles et sont déterminés à tenir.
« C'est nous qui décidons et plus personne ne le fait à notre place ! »
« C'est nous qui décidons et plus personne ne le fait à notre place ! »
Les salariés ont pris possession de l'usine et s'organisent pour faire parler d'eux et surtout être écoutés. Mais ils veulent plus que des paroles et sont déterminés à tenir.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 25 Février 2012 / Région

Nous avons pris le contrôle de l'usine, maintenant c'est nous qui décidons et plus personne ne le fait à notre place ! » Edouard Martin (CFDT) ne lâche rien. L'intersyndicale d'ArcelorMittal campe sur ses positions et occupe le site de Florange. Ses membres ont pris possession des bureaux, des postes de garde, ils bloquent les accès routiers et sont installés au centre d'expédition des bobines, mettant la main sur les produits finis de l'usine, des bobines de tôle pour l'industrie automobile.

La direction a été délogée. La preuve, pour la première fois, un comité d'entreprise va se tenir à Metz, hors des murs florangeois. « Le contact est coupé, d'habitude la direction téléphonait en off pour s'informer mais là, plus rien », témoigne un délégué syndical. La direction a tenté de faire interdire l'entrée du site, en vain. Elle a été déboutée de sa requête présidentielle, une procédure utilisée dans les conflits sociaux, par le tribunal de grande instance de Thionville (lire par ailleurs). Depuis cinq jours, les Broccoli (FO), Pagano (CFE-CGC), Fabri (CGT) et Martin (CFDT) sont, avec les 3 000 salariés, les maîtres à bord de leur usine, face à leur employeur, le n°1 mondial de l'acier. Et l'énergie du désespoir les rend audibles. Les pneus brûlent en continu devant le portier principal à Florange Sainte-Agathe.

Les slogans fusent, les menaces aussi, celles d'être un cauchemar des politiques, de marcher sur Paris s'il le faut. Il n'y a pas encore eu d'appel à la grève. Toute la panoplie du syndicaliste de combat n'a pas encore été épuisée. « Il faut garder des forces », prévoit Edouard Martin. Comité d'entreprise, comité central. Des mobilisations sont à venir, lundi et jeudi. Et là, le ton risque de monter très vite. « On n'est pas des gueux, on sait réfléchir ! », assure le délégué CFDT.

La gauche et... Weiten

Sur place, tout s'organise aussi avec sang-froid. Les locaux de la direction restent déserts. « On n'y dort pas, mais on organise des rondes pour surveiller », confie un jeune militant. Les permanences sont organisées jusque tard le soir, vers 23h.

En parallèle, il a fallu gérer l'intendance, alimenter un barbecue. Les élus ont pris le relais, notamment le député-maire PS de Fameck Michel Liebgott et le président PS du Val de Fensch Philippe Tarillon, également maire de Florange.

Hier, les élus ont apporté un franc soutien aux sidérurgistes. La quasi-totalité des élus communistes et socialistes de la Vallée de la Fensch et du bassin thionvillois étaient présents : la sénatrice Gisèle Printz, les maires Bertrand Mertz (Thionville), Philippe David (Hayange), Jean-Pierre La Vaullée (Guénange)...

Mais aussi Patrick Weiten. Le président du Département de la Moselle, fort de son indépendance politique, a aussi apporté son soutien. « C'est la place du président du conseil général d'être là. À partir du moment où les hauts fourneaux ne repartent pas, c'est du mauvais sursis, inquiétant. Il y a eu un appel aux élus, on doit transcender les courants politiques. Il n'y a pas de sidérurgie de gauche, de sidérurgie de droite, mais une sidérurgie qui fait vivre des milliers de familles ! » Pourtant, un membre de l'UMP a déchiré sa carte de parti, ostensiblement, hier. Un geste symbolique mais applaudi.

O. S.