«'CULEZ, CAMARADES !»

Publié le 14/05/2009
Même s'ils ont fait beaucoup de bruit et causé quelques menus dégâts, les sidérurgistes qui sont venus manifester leur colère devant le siège luxembourgeois d'ArcelorMittal, hier matin, se disaient encore «animés d'intentions pacifiques»... et déjà difficilement contrôlables.
«'CULEZ, CAMARADES !»
«'CULEZ, CAMARADES !»
Même s'ils ont fait beaucoup de bruit et causé quelques menus dégâts, les sidérurgistes qui sont venus manifester leur colère devant le siège luxembourgeois d'ArcelorMittal, hier matin, se disaient encore «animés d'intentions pacifiques»... et déjà difficilement contrôlables.

Sur la cinquantaine de bus ayant convergé des quatre coins de l’Europe de l’acier vers Luxembourg-Gare, les Lorrains sont loin d’être les plus nombreux : quatre cars seulement au départ de Florange, trois autres venus paraît-il de Gandrange. Plus quelques voitures particulières. C’est le mode de transport choisi par les rares élus ­ tous de gauche ­ ayant décidé de se solidariser physiquement avec la manifestation du jour. Pendant que le cortège des deux mille euro-sidérurgistes entame le court trajet menant de la gare CFL au siège d’ArcelorMittal, situé à quelques centaines de mètres en remontant l’avenue de la Liberté, les conversations entre Français se crispent sur les grands absents du jour. Certains n’hésitent pas à qualifier l’absence de la CFDT de «lamentable ». D’autres se contentent de la trouver «regrettable » et la mettent sur le compte «des Belges, qui ne sont venus que pour la casse ». Les autorités luxembourgeoises sont apparemment du même avis : tout au long de la matinée, elles ont minutieusement établi un vaste périmètre de sécurité aux abords du siège d’ArcelorMittal. En façade, le prestigieux bâtiment lui-même semble en deuil : toutes les fenêtres ont les volets tirés pour éviter les bris de vitres de «la manif de 2003 ». Sur la façade arrière, des unités spéciales de la police grand-ducale se préparent à faire face aux humeurs les plus belliqueuses : les hommes ont enfilé la tenue anti-émeute, une vingtaine de véhicules blindés s’aligne en bon ordre, boulevard de la Pétrusse. Tout autre véhicule a interdiction formelle de stationner dans un rayon d’un bon kilomètre : la fourrière locale n’a jamais eu autant de 'clients' qu’en ce mardi 12 mai 2009…
Les fameux «
Belges » que tout le monde semble redouter sont bien décidés à se montrer dignes de leur réputation de horde sauvage. Même s’ils ne sont en vérité qu’une poignée d’irréductibles, ceux-ci ne tardent pas à trouver suffisamment d’alliés autour d’eux pour mettre en scène un très convaincant simulacre d’assaut de la citadelle patronale. Les responsables syndicaux, conscients du risque de dérapage, tentent rapidement de calmer de jeu. Mais les subtilités de la dialectique syndicale se perdent dans le brouhaha. Et quand une voix nasillarde se met à clamer un «'culez, camarades ! » dans le micro, plus personne ne sait s’il faut prendre ça pour une injure, un cri de guerre… ou s’il faut simplement 'reculer'.
A l’intérieur du château fort, tout en haut du donjon, les actionnaires du groupe poursuivent leur assemblée générale, mais sans la sérénité désirée : par deux fois, l’alarme anti-incendie leur vrille les oreilles, et l’odeur âcre des fumigènes s’insinue jusque dans leurs narines. C’est assez pour pourrir l’ambiance : l’ordre du jour épuisé, Lakshmi N Mittal ne s’attarde pas, et ce n’est sans doute pas un hasard.

Christian Knoepffler.
Publié le 13/05/2009