«Florange sera le cauchemar de ce gouvernement »

Publié le 17/02/2012
Si l'intersyndicale tient promesse, si la mobilisation reste à la hauteur de la colère qui a éclaté hier soir, lors de l'assemblée générale des salariés d'ArcelorMittal, alors « Florange sera le cauchemar de ce gouvernement ».
«Florange sera le cauchemar de ce gouvernement »
«Florange sera le cauchemar de ce gouvernement »
Si l'intersyndicale tient promesse, si la mobilisation reste à la hauteur de la colère qui a éclaté hier soir, lors de l'assemblée générale des salariés d'ArcelorMittal, alors « Florange sera le cauchemar de ce gouvernement ».

© Le Républicain Lorrain, Vendredi le 17 Février 2012 / Région /

 

 

Un millier de salariés et de sous-traitants inquiets se sont retrouvés, hier soir, à Florange. Photos Pierre HECKLER

Ouvriers, ingénieurs, intérimaires, sous-traitants... ils étaient un millier, hier soir, réunis à la Passerelle à Florange. Inédit pour une invitation sans précédent : celle lancée par la première intersyndicale CFDT-CGT-FO-CGC d'ArcelorMittal Florange.

Tous unis pour dénoncer la prolongation de l'arrêt de la filière liquide jusqu'au mois de juin prochain (lire nos précédentes éditions). Et après ? Le groupe ne peut licencier dans les six mois qui suivent, donc « ce sera le chômage en 2013 ». Les prises de parole successives ont établi le même constat : malgré ses promesses, Mittal n'a aucune intention de redémarrer Florange, pas plus que de s'engager dans le projet Ulcos. Et selon les salariés, si Nicolas Sarkozy et Eric Besson font mine de croire le contraire, c'est uniquement parce que « ces puissants, ce sont leurs cercles d'amis ». Propos acclamés, mais que faire ? « Il y a eu Gandrange, Liège, Madrid, Florange maintenant et, au mois de mars, nous craignons que Schifflange et Rodange passent à la moulinette. On va aller où ? Ici, c'est la dernière usine de la vallée ! » Edouard Martin (CFDT), Walter Broccoli (FO), Yves Fabbri (CGT) et François Pagano (CGC) ont assuré en coeur, face à des salariés déjà convaincus, que Florange est viable, mais aujourd'hui dans un « état pitoyable » puisque Mittal ne rénove plus l'outil. Mittal qui a engrangé 2 milliards d'euros nets, mais laisse le soin au contribuable français de payer le chômage partiel des ouvriers florangeois. « On est à la maison, c'est pas normal. On en a ras-le-bol, c'est le bordel, on ne sait pas ce qu'on va devenir ! »

La nécessité de l'unité

Alors bien sûr, les politiques - à commencer par les candidats aux élections - seront sollicités. Pour faire « voter une loi contre les prédateurs comme Mittal », ou même renationaliser. Mais hier soir, les salariés voulaient clairement passer à l'action. Révoltés bien plus qu'indignés, ils voulaient savoir quelles actions leur intersyndicale prévoyaient. Avec une très sérieuse mise en garde de certains : « J'étais à Gandrange. Alors l'intersyndicale, ne nous refaites pas le même coup : ensemble au début et puis après chacun dans son coin. S'il faut mettre le feu, on le fera mais tous ensemble ! » Message entendu et retourné à l'envoyeur : « Combien êtes-vous ce soir, combien serez-vous lundi matin ? Et dans trois mois ? Ça va être long et on verra la détermination. »

Direction interdite de séjour

Puisque tout le monde était bien chauffé, on a pris rendez-vous effectivement pour lundi, et non pas dès demain comme plusieurs dans la salle l'auraient souhaité. A 8h, la direction d'ArcelorMittal Florange, représentée par Thierry Renaudin et Martin Sergent, sera mise au chômage et licenciée manu militari par les salariés. « On va les interdire de séjour à Florange ! » Un début. D'autres actions suivront. « S'il y en a qui ont la nostalgie des années 80, je peux vous dire qu'ils vont avoir une deuxième jeunesse. Florange sera le cauchemar de ce gouvernement », a prédit Edouard Martin. Les politiques qui ont de la mémoire peuvent prendre ça pour une véritable menace. A condition que l'unité dure aussi longtemps que durera la lutte. Hier en tout cas, la détermination était là. « Nous ne serons pas les Grecs de la sidérurgie française ! » Promesse de métallos en colère.

Emmanuelle DE ROSA.