« Il est aux abois ! »

Publié le 03/04/2012
Interview d'Édouard Martin, élu CFDT chez ArcelorMittal Florange, syndicaliste CFDT ArcelorMittal Florange
« Il est aux abois ! »
« Il est aux abois ! »
Interview d'Édouard Martin, élu CFDT chez ArcelorMittal Florange, syndicaliste CFDT ArcelorMittal Florange

© L'Est Républicain, Mardi le 03 Avril 2012 / Ouverture France-Monde + Vosges Matin

 

« Si les syndicats ne se battent pas pour sauver l'emploi qui le fera ? », s'interroge Edouard Martin. Photo d'archives Alexandre MARCHI

Comment réagissez-vous aux propos de Nicolas Sarkozy dans nos colonnes hier ?

C'est honteux, écoeurant, nous sommes indignés ! Le président nous insulte, mais celui qui ment aux Français c'est lui, ses propos sont pathétiques.

Il a déjà pris une fessée de Mittal en 2008 et comme il n'a toujours aucune emprise sur lui, il devient agressif et s'attaque aux ouvriers.

Nicolas Sarkozy reproche à la CGT et la CFDT de ne pas être légitimes dans cette lutte pour sauver vos emplois.

Lui a été élu et nous ne contestons pas sa légitimité. Les syndicalistes aussi ont été élus, nous représentons 90 % des salariés d'ArcelorMittal. C'est lui qui choisit ses thèmes de campagne. Il veut qu'on parle de quoi ? De la viande hallal ? De l'immigration ? Qui à décidé de fermer l'usine, c'est la CFDT ou c'est Mittal ? Si les syndicats ne se battent pas pour sauver l'emploi qui le fera ?

Sarkozy pense-t-il vraiment que nous faisons 350 km à pied juste pour le plaisir ?

Au lieu de stigmatiser les chômeurs, celui qui se présente comme « le président du peuple » devrait être au bord de la route pour saluer les salariés qui se battent pour ne pas être au chômage. Mais le masque est tombé, Sarkozy est aux abois. Il ne sait que nousinsulter.

Le président vous décrit comme des casseurs...

Nous ne sommes pas des casseurs, on veut seulement du travail. Je mets le président, et tous ceux qui lui servent la soupe, au défi de nous démontrer un seul fait de violence depuis le début du conflit il y a sept semaines.

Dans ce conflit nous sommes toujours restés dignes. Et dans notre action syndicale, au fur et à mesure que nous avons des infos sur l'avancée des débats nous en informons les salariés de l'usine.

Le président réaffirme qu'il a tenu ses promesses à Gandrange, qu'en est-il ?

Alors qu'il nous explique où sont passés les 300 millions d'euros qu'il avait promis d'investir à Gandrange en 2008 ? Je n'ai même plus envie de commenter ces conneries !

Ces propos ont-ils blessé les salariés qui marchent versParis depuis une semaine ?

Après le coup de matraque de Mittal à Florange, voilà le coup « dans les parties » de Sarkozy qui méprise le peuple. Mais ces propos nous ont requinqués, nous sommes blessés dans nos corps, nos pieds sont meurtris, mais notre moral est d'acier. Nous irons jusqu'au bout. Et nous arriverons avec ce moral, comme prévu les 6 avril prochain à Paris. Que le président garde son venin, la meilleure réponse que l'on puisse lui faire c'est de montrer l'adhésion des Français qui nous encouragent sur le bord de la route depuis que nous sommes partis de Florange.

Propos recueillis par Stéphanie SCHMITT