« Les 100 000 morts annoncés par Jospin sont atteints »

Publié le 17/05/2012
Il est incollable. Sait tout ou presque sur le chapitre des maladies professionnelles. Ce fléau qui balaye les rangs des salariés depuis que l'industrie l'expose à tout ce que la chimie a inventé de pire comme matériaux dangereux. Demandez et Michel Commancais vous en donne pour plus que votre argent. Il est de tous les combats depuis toujours. On lui donnerait le siècle, il n'a que 65 ans.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 17 Mai 2012 / THI

 
Michel Commancais, 65 ans, retraité, a gardé les deux pieds au sein de la CFDT où il se fait fort, au quotidien, 365 jours sur 365 ou presque, d'aller chercher des indemnités pour ceux que la maladie professionnelle emportera un jour. Le combat d'une vie.

Une bibliothèque vivante aux rayons multiples annonçant la triste couleur : plaques pleurales, mésothéliome et autres cancers du poumon ou de la plèvre, troubles musculo-squelettiques (TMS), maladies du dos, surdité, fibrose, dégénérescence bronchopulmonaire. Autant d'incurables maux provoqués par trop d'exposition au mal. Les moteurs de cet acteur d'un cinéma bien réel. « Ah ça, on peut le dire ! Cette activité m'a même, je pense, donné ce qu'il faut de compétences en psychologie. Il faut dire que je suis confronté au pire. A chaque fois qu'une famille passe ma porte, je sais alors que quelqu'un est mort ou que cela va arriver », annonce sans ambages le bénévole permanent de la CFDT.

Juge et plaideur

Michel Commancais, formé par une tripotée de médecins gros calibre sur le cas des maladies professionnelles, n'a jamais lâché l'affaire. Il ajoute même qu'il n'est pas près de le faire. Lui-même ancien sidérurgiste, aujourd'hui enquiquiné par des poumons 'amiantés', il sait, à chaque ouverture de dossier, dans quelle galère au long cours il s'engage : « Je défends des personnes qui ont été longtemps empoisonnées par leur employeur. Lesquels doivent aujourd'hui payer pour cela. Les 100 000 morts de la sidé et des mines annoncés par Jospin à l'époque où il a créé le Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante (Fiva), ont bel et bien été atteints ».

Pour le département mosellan, Michel en dénombre 116. 116 hommes perdus en dix ans seulement. Dans le bureau du permanent, un large tableau blanc de toutes ces instances judiciaires et sociales devant lesquelles il défend le bout de gras, jusqu'à faire perler les gouttes sur son front.

Trop tard pour les quadra

Tribunal des affaires de sécurité sociale, caisses d'assurance maladie, commissions multiples s'affichent tel un arbre généalogique où une multitude de noms apparaissent.

À chaque fois que son regard se pose sur l'un d'eux, c'est une histoire qui commence : « Pour elle, c'est difficile, les experts me donnent du mal. Cette famille-là a été bien indemnisée mais nous avons perdu le bonhomme : l'amiante ». Comme souvent. Et pourtant, Michel Commancais continue, remporte les succès devant les tribunaux où il passe tous les trois ans de juge à plaideur. Les années défilent pour un seul dossier. « Certes mais il y a les ayants-droits, les descendants qui doivent réclamer leur dû, systématiquement. On fait aujourd'hui du préventif mais il faut le savoir, rien ne gardera en vie les quadragénaires qui ont été exposés. Pour eux, les nouvelles mesures ne serviront à rien. Trop tard, alors il faut agir vite ! ».

Textes : Saada-G. SEBAOUI.Photos : Pierre HECKLER. 

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 17 Mai 2012 / THI

o Après avoir lui-même bataillé dans les rangs de la 'Sidé', Michel Commancais, figure de la CFDT, est devenu le Monsieur Maladies professionnelles.

o Après le décès de son mari silicosé, Hélène Faille a mené le combat jusqu'au bout pour toucher des indemnités décentes.

o Du côté de la CGT, l'absence de CHSCT dans un nombre trop important d'entreprises reste la bête noire du syndicat.