« Les sans-grade peuvent se lever et se battre »

Publié le 15/02/2012
Une délégation, emenée par la CFDT charbon et fer, était en Italie pour soutenir les victimes de l'amiante au procès historique de Turin. L'émotion était grande lors du verdict, condamnant lourdement les dirigeants d'Eternit..
« Les sans-grade peuvent se lever et se battre »
« Les sans-grade peuvent se lever et se battre »
Une délégation, emenée par la CFDT charbon et fer, était en Italie pour soutenir les victimes de l'amiante au procès historique de Turin. L'émotion était grande lors du verdict, condamnant lourdement les dirigeants d'Eternit..

© Le Républicain Lorrain, Mercredi le 15 Février 2012 / STA /

 

 

Une délégation du syndicat CFDT, avec des victimes de l'amiante de Moselle-Est, a rendu hommage aux militants italiens. Notamment à Romana Blasotti, mère courage qui a perdu son mari, sa fille et une soeur à cause de l'amiante qui pollue Casale Monferato et des villes voisines proche du site d'Eternit avec son exploitation à ciel ouvert. Photo DR

Marie-Louise Thiell mène un combat contre l'amiante depuis 2003. En août de la même année, son mari, ancien technicien à la Cokerie de Marienau et de Carling, la quittait brutalement foudroyé par un mésothélium détecté quelques mois plus tôt. Alors, lorsqu'elle a su qu'un bus était affrété par la CFDT mineurs fer et charbon pour aller soutenir à Turin les victimes de l'amiante lors du plus grand procès jamais organisé dans ce genre d'affaire, cette habitante de Théding a tenu à être du voyage (RL d'hier). « Nous n'étions pas dans la salle où se trouvait le juge mais dans une salle à côté. Tout était retransmis sur écran télé et traduit simultanément. C'était impressionnant. Lorsque le verdict est tombé, avec seize ans de prison pour les dirigeants d'Eternit, tout le monde a applaudi, tout en restant digne et avec pudeur. »
« Un bon coup de fouet au moral »

Marcel Amps, était également du voyage. Le secrétaire général des retraités CFDT de Moselle, raconte : « Pour nous qui nous battons toute l'année pour faire reconnaître les droits des victimes, ce jugement c'est un bon coup de fouet au moral. L'Etat français devra en tenir compte. » Car c'est bien cela que reprochent ces militants. La lenteur de la justice française et l'impression que l'on freine des quatre fers pour ne pas dédommager les victimes ou leurs veuves. En Lorraine, sept plaintes pour blessures ou homicide involontaire sont en cours d'instruction contre d'anciens directeurs de Charbonnages de France. Certaines depuis 1996... « En Italie, tout est allé assez vite. Le procès a commencé en 2009, et les premières condamnations de dirigeants ont eu lieu lundi. En France, il y a des milliers de procédures. Je ne pense pas que les premières audiences aient lieu avant 2014-2016 », regrette François Dosso, spécialiste du combat antiamiante à la CFDT, dont le syndicat est adhérent à l'Association nationale de défense des victimes de l'amiante (Andeva).

Il cite en exemple une commission de recours amiable qui se tiendra le 16 février à Paris à la demande des anciens employeurs (CDF).

« Ils contestent le fait que la caisse ait pu reconnaître la maladie professionnelle, c'est fou. »

Des milliers de victimes italiennes

Alors, pour tous ces militants cet aller-retour en Italie était essentiel. Par solidarité. « Nous avons vraiment bien été accueillis par les membres de l'association italienne qui défend les milliers de victimes de l'amiante de la ville martyre de Casale Monferato. » Ils n'étaient pas les seuls. 2 000 personnes touchées par ce problème sont venues d'autres départements français, mais aussi de Suisse, des États-Unis, du Brésil, de Belgique.

La délégation du Bassin houiller a remis à Romana Blasotti, 80 ans, présidente d'une association italienne pour aider les victimes de l'amiante une vraie lampe de mineur. Emidio Margani, au moment d'offrir le cadeau a déclaré : « Parce que votre combat a brillé comme une lampe allumée dans les ténébres comme un phare dans la tempête. Votre lutte nous a montré que les petits sans grade peuvent se lever et combattre l'irrémédiable et que le profit n'a pas tous les droits. »

Marie-Louise Thiell va poursuivre son combat. Pour l'argent ? « Non, pour que justice soit faite à mon mari. Les ouvriers ne sont pas de la chair à canon. On n'a pas le droit de fermer les yeux sur l'enrichissement des uns au détriment de la santé des autres. »

En attendant, tous espèrent que la condamnation à seize ans de prison des anciens dirigeants d'Eternit pourra donner lieu a une jurisprudence européenne.

Claude DI GIACOMO.