« Lorrains, réveillez-vous ! »

Publié le 02/10/2012
Réactions : l'arrêt de la filière liquide est le pire scénario pour les syndicalistes. Mais pas question d'arrêter le combat.
« Lorrains, réveillez-vous ! »
« Lorrains, réveillez-vous ! »
Réactions : l'arrêt de la filière liquide est le pire scénario pour les syndicalistes. Mais pas question d'arrêter le combat.

© L'Est Républicain, Mardi le 02 Octobre 2012 / Ouverture France-Monde + Républicain Lorrain + Vosges Matin

 

Au portier Sainte-Agathe de Florange hier en début après-midi, les syndicalistes CFDT et CGT accusent le coup avant de remobiliser les troupes. Nombreux sont les salariés à les écouter. Photo DR

« DEPUIS QUATORZE MOIS (et la fermeture du haut-fourneau P3, NDLR), c'est toujours le même groupe qui se bat. Comme vous, on a tous des dettes, des factures, des familles et pourtant on est là, la nuit, le jour, l'hiver, l'été ! Alors rejoignez-nous, soyez solidaires et présents ! Je suis persuadé qu'on peut compter sur vous ! » Hier après-midi, devant le portier Saint-Agathe d'ArcelorMittal Florange, Édouard Martin, le leader CFDT, s'adresse à une foule de médias mais surtout aux salariés des usines à froid restés sur le site malgré son blocage quelques heures plus tôt. Après tout, eux aussi sont concernés par les (mauvaises) nouvelles du comité central d'entreprise extraordinaire qui se déroule alors à Paris (lire par ailleurs).

L'usine intégrée de Florange, indissociable du paysage de la vallée de la Fensch, ne produira plus un gramme d'acier. Un verdict sans appel - à moins d'un repreneur - qui tombe, ironie du sort, « pile un an après l'extinction du haut-fourneau P6 », n'a pas oublié BernardRidacker (CGT). Le matin, à Hayange, il a assisté au soudage d'une des entrées du site Patural où les deux géants sommeillent, sans savoir que leur sort serait définitivement scellé l'après-midi même.

Dès le début de matinée, le mot d'ordre de l'intersyndicale CFDT-CGT-FO a, en effet, été respecté. Plus aucune installation sidérurgique ne doit être accessible à aucun salarié, si ce n'est les agents de sécurité. « Ce sera comme ça toute la semaine. Personne ne rentre et ceux qui restent ne sortiront plus ! », ont prévenu les syndicalistes.

Sites interdits d'accès

Les premières étincelles de soudure ont d'abord jailli sur les grilles des Grands-Bureaux devant les mines assombries des employés et cadres massés sur le trottoir. Par delà la brume, c'est le plan Leap ou « Lean » comme on le surnomme (»amaigrissement » en anglais), qui fait de plus en plus peur aux fonctions support, c'est-à-dire celles qui n'interviennent pas sur la production. Ces effectifs pourraient en effet être divisés par deux et Thierry, oeuvrant aux espaces verts, en a conscience. « Je vais rejoindre le mouvement », souffle-t-il. À ses côtés, Francis acquiesce : « Faut qu'on défende nos emplois et ce n'est pas gagné... » Du côté de Hayange, un ingénieur quitte aussi son bureau « par mesure de précaution », dit-il, avant qu'on vienne le déloger. « Je vais travailler à la maison. Sur le projet Ulcos (de captage de CO², NDLR). Rien n'est perdu, il faut encore y croire », annonce celui qui a préféré garder l'anonymat.

Au portier La Vallée à Serémange-Erzange, ce sont d'abord des syndicalistes chevronnés qui empêcheront le va-et-vient des camions avant l'arrêt total des activités prévu en soirée. Seule la cokerie devait continuer à fonctionner « car elle ne souffre pas une minute d'arrêt et pas question d'abîmer l'outil ». D'autant que le groupe ArcelorMittal accepterait de la céder avec toute la phase à chaud si se manifestait un repreneur.

À Sainte-Agathe, face à une réalité difficile, le discours d'Édouard Martin est copieusement applaudi. Est-ce à dire qu'il a été, enfin, entendu ? Jean Mangin ne demande qu'à le croire. « L'intersyndicale reste soudée. À vous désormais de prendre vos responsabilités ! Ce serait quand même dommage que 2 500 salariés regardent une centaine d'entre-eux se battre à leur place... », convainc le délégué CGT des usines à chaud. Et d'appeler à un sursaut d'orgueil : « Personne n'est à l'abri. Les Lorrains, réveillez-vous ! »

Virginie DEDOLA.