« On n'est plus tout seuls »

Publié le 02/05/2012
On n'a jamais vu autant de monde à Metz pour le 1er Mai : près de 3 000 militants ont manifesté pour réaffirmer « la solidarité des travailleurs du monde entier » mais aussi pour répondre « à la provocation de Nicolas Sarkozy ».
« On n'est plus tout seuls »
« On n'est plus tout seuls »
On n'a jamais vu autant de monde à Metz pour le 1er Mai : près de 3 000 militants ont manifesté pour réaffirmer « la solidarité des travailleurs du monde entier » mais aussi pour répondre « à la provocation de Nicolas Sarkozy ».

© Le Républicain Lorrain, Mercredi le 02 Mai 2012 / MTZ /

 

 

Les « marcheurs d'ArcelorMittal » ont pris la tête du cortège, hier, qui comptait des militants CFDT, CGT, FSU, Solidaires, Unsa de la Moselle mais aussi les partis de gauche,l'Association culturelle des Alevis (mouvement turc républicain) et les travailleurs turcsde la vallée de la Fensch. Photo Karim SIARI

On lâche rien ! », ont scandé les militants, hier, à l'occasion de la Fête du travail. Slogan des marcheurs d'ArcelorMittal lorsqu'ils étaient en route pour Paris, ce titre du groupe HK et les Saltimbanks est de toutes « les luttes sociales, de tous les combats ». Entonné lors des manifestations contre la réforme des retraites en 2010, repris aux meetings du Front de gauche ou du NPA et déjà fredonné lors du dernier 1er mai, On lâche rien est devenu « l'hymne des mouvements de travailleurs », comme le dit lui-même HK.

D'ailleurs, ils étaient là, les sidérurgistes de Florange, serrés autour de leur chef de file CFDT, Édouard Martin, accueillis comme des héros sur le podium dressé sur la place de la République, à Metz. « SDF, chômeurs, ouvriers/paysans, immigrés, sans-papiers/Ils ont voulu nous diviser/Et faut dire qu'ils y sont arrivés », a poursuivi la chanson dans le mégaphone.

« À l'inverse, le 1er mai, c'est la journée de la solidarité entre les travailleurs du monde entier. C'est tout sauf de la politique », a lancé Dominique Marchal, secrétaire générale de la CFDT de Moselle. Sauf que la politique n'est jamais loin. Dominique Gros et un certain nombre d'adjoints ont pris la tête du cortège avec les Mittal. La députée PS Aurélie Filippetti, inscrite à La Messine, a rejoint les militants en petites foulées et tee-shirt rose.

Corinne Claude, 53 ans, quant à elle, défilait pour la première fois un 1er mai : « Les vrais faux travailleurs, ça m'a mis en boule ! Je suis là pour répondre à la provocation », a-t-elle lancé.

Le travail ou la santé

Dans sa chasuble rouge de la CGT, cette infirmière à l'hôpital de Jury a raconté qu'elle fait « les trois huit, les nuits, les week-ends, les fériés. J'aime mon métier. Il n'empêche, la fatigue s'est installée ». Son travail « s'est détérioré avec moins de personnels, des contrats précaires, un salaire qu'on sauve en faisant plus de fériés et une disponibilité moindre pour nos patients ».

Même constat pour Dominique Lelmini, 56 ans, de Nancy, qui manifestait sous la bannière de Lutte ouvrière : « J'ai été aide-soignante durant trente-quatre ans. J'ai pris ma retraite deux ans plus tôt car j'étais à bout, déprimée, malade : toujours plus de tâches, éparpillée sur quatre services, dans des équipes qui ne fonctionnent plus ensemble, donc en conflit constant. Et le travail qu'on n'arrive pas à faire, ce sont des gens qui en souffrent... » Grande habituée du 1er mai, elle n'aurait manqué celui-là pour rien au monde car, toute sa vie, elle a tenté « d'être une vraie travailleuse ». Son compagnon, « enfant d'immigrés juifs tunisiens sans Rolex » est ce qu'il appelle « un précaire intello, multipliant les postes de maître auxiliaire et d'intérim ». Pour lui, « la société se durcit, se divise. Se rassembler, c'est rappeler le sens du collectif ».

Alain Clemens, 60 ans, vient de Seingbouse pour « défendre les travailleurs. J'étais peintre en bâtiment pendant vingt-cinq ans. C'est moi qui ai repeint la salle des sports de Moyeuvre-Grande et j'ai été félicité par Laurent Fabius à l'époque ! » Frappé par une épicondylite, il s'est reclassé comme concierge, à mi-temps : « J'aimerais bien travailler plus », a-t-il soupiré.

« Ça ne peut pas être pire »

Norbert Hamann, 55 ans, militant FSU, est professeur dans un lycée technique à Behren-lès-Forbach. Il est venu « défendre une profession attaquée depuis cinq ans, un enseignement en régression terrible ». Pour lui, l'avenir de ses élèves « dont les parents, pour beaucoup, sont au chômage ou en congé charbonnier, ne peut pas être pire qu'aujourd'hui... »

C'est aussi l'avis de François Chevallier, délégué syndical FO, qui veille aux intérêts des personnels civils de la défense et, actuellement, au reclassement des civils de la BA128 : « On assiste à la destruction de la fonction publique », a-t-il assené. Rue du Cambout, où 200 militants de Force ouvrière se sont rassemblés, il affichait cependant sa satisfaction : « Toute l'année, chacun revendique de son côté. Or, le 1er mai, qu'on travaille dans la santé, en usine ou dans l'Éducation nationale, on n'est plus tout seul ! »

Céline KILLÉ.