Afpa (formations adultes) : la réorganisation qui fait peur

Publié le 23/12/2009
Comme dans tous les centres de formation Afpa de France, la grande majorité des salariés du site de Saint-Avold-Faulquemont protestaient hier. Ils parlent d'un plan de suppression de 3 000 emplois au niveau national.
Afpa (formations adultes) : la réorganisation qui fait peur
Afpa (formations adultes) : la réorganisation qui fait peur
Comme dans tous les centres de formation Afpa de France, la grande majorité des salariés du site de Saint-Avold-Faulquemont protestaient hier. Ils parlent d'un plan de suppression de 3 000 emplois au niveau national.

Le Républicain Lorrain, Mercredi le 23 Décembre 2009 / Saint-Avold et Forbach

L'entrée principale du site de Saint-Avold a été bloquée symboliquement hier matin de 8 h à 10 h. Photo Thierry SANCHIS

D'importantes mutations se préparent au sein de l'Afpa (association de formation professionnelle pour adultes). Cet organisme était jusque-là le bras armé de l'Etat pour la formation des demandeurs d'emploi. Mais la décentralisation étant passée par là, les 11 000 salariés de l'Afpa refusent de se voir imposer la loi de la concurrence. « Auparavant, nous avions des subventions d'Etat et donc un volume de formations garanties toute l'année. Bref, nous étions un vrai service public. Désormais, nous devrons répondre à des appels d'offre des Régions avec les autres organismes du marché », explique Gilles Boyon, délégué CFDT. Hier donc, alors qu'une assemblée générale de l'Afpa devait avoir lieu à Paris en début d'après-midi, une grève a été très suivie au centre de Saint-Avold-Faulquemont... comme sur de nombreux autres sites régionaux ou nationaux à l'appel de la CGT, de la CFTD et de Sud. Les salariés de l'Afpa dénoncent « un démantèlement » de leur structure. « Notre nouveau directeur général, Philippe Caïla, un énarque ancien chef de cabinet de Jacques Santini, a mis en place un projet 2010-2014 qui impliquera 3 000 suppressions d'emplois. On veut imposer des mutations au mépris de la vie de famille. Pour ceux qui n'acceptent pas, c'est la promesse du licenciement. On veut transformer les centres Afpa en campus. Sous ce prétexte, on supprimera des postes de direction au niveau local. Et le tout sans concertation », peste Jean-Marie Landes, du comité régional Lorraine de l'Afpa. Gilles Boyon poursuit : « La direction générale veut également externaliser les services d'hébergement et de restauration ». Et cela inquiète Jean-Paul Fiorini, un autre délégué du personnel basé à Saint-Avold : « L'hébergement était gratuit pour les demandeurs d'emploi qui suivaient une formation chez nous. Mais demain, est-ce que ce sera toujours le cas avec un prestataire ».

Gel des recrutements

Pour lui, cette politique va forcément avoir un effet négatif sur la qualité des formations dispensées : « On va nous demander d'aller vers les formations les moins coûteuses au détriment des réels besoins et attentes des stagiaires ». Gilles Boyon est d'accord : « On voit bien que dans ce nouveau projet d'entreprise, l'humain n'est plus la priorité. Même les contrats à durée déterminée de certains de nos formateurs sont suspendus alors que les formations qu'ils assurent se poursuivent en 2010. Le gel des recrutements est total et l'intérêt des stagiaires, souvent des gens en grande difficulté, n'est pas pris en compte ». Dès sa prise de fonction, Philippe Caïla avait été clair sur ses ambitions : « D'opérateur de service public, l'Afpa doit devenir l'opérateur de référence dans le champ de la formation professionnelle », expliquait-il à nos confrères du Figaro. On le voit, c'est une réforme totale du mode de fonctionnement de l'association, voire de son esprit qui prévaut depuis sa création il y a environ soixante ans. Mais ce changement passe très mal. En mai 2008, des manifestations avaient déjà été organisées dans tous les centres Afpa pour protester contre l'entrée dans le monde de la concurrence. « On ne veut pas devenir le nouveau France Telecom », conclut Jean-Paul Fiorini.

Stéphane Mazzucotelli.