ArcelorMittal : « C'est la mort de la vallée »

Publié le 03/10/2011
Contre la fermeture de son dernier haut-fourneau, toute la vallée de la Fensch se mobilise.
ArcelorMittal : « C'est la mort de la vallée »
ArcelorMittal : « C'est la mort de la vallée »
Contre la fermeture de son dernier haut-fourneau, toute la vallée de la Fensch se mobilise.

© Vosges Matin, Dimanche le 02 Octobre 2011 / Région Vosges / Hayange

Philippe David, maire d'Hayange, Michel Liebgott, député-maire de Fameck, Aurélie Filippetti députée, Bertrand Mertz, maire de Thionville, Philippe Tarillon, maire de Florange mobilisés.

Hayange

En juin, ArcelorMittal a stoppé le haut-fourneau P3 de son usine de Florange-Hayange. Demain lundi, c'est le P6 qui s'arrête à son tour. Pour une durée indéterminée. « Plusieurs trimestres », selon la direction qui estime que c'est « la demande qui commandera la remise en service ». Près de 1 000 sidérurgistes, sur les 3 000 que compte le site, se retrouvent en chômage partiel. Les intérimaires perdent leur emploi. Des sous-traitants sont menacés. « Si notre dernier haut-fourneau n'est pas remis en route au plus vite, c'est la mort, la mort de la sidérurgie lorraine et la mort de toute la vallée de la Fensch », prévient Edouard Martin, l'un des leaders de la CFDT locale.

Vendredi soir, il faisait partie de ceux qui ont dressé sur des poteaux métalliques les trois lettres géantes « SOS » au pied de la statue de la vierge qui domine Hayange. Depuis, chaque soir, cet appel au secours est illuminé. Les énormes lettres clignoteront toutes les nuits, jusqu'à la remise en route du haut-fourneau. Les élus sont mobilisés, le préfet aussi. Est-ce suffisant pour faire fléchir le numéro un mondial de l'acier, Lakshmi Mittal ?

De 1704, date à laquelle Jean-Martin Wendel acheta la forge d'Hayange jusqu'à aujourd'hui, la vallée est passée par toutes les phases de la splendeur, jusqu'à la décadence. En 1968, il y avait plus de 10 000 sidérurgistes à l'usine de Florange. En quelques années, la population de la commune d'Hayange a vieilli. Elle est passée de 22 000 à 15 000 habitants. Les jeunes vont chercher du travail au Luxembourg.

La sueur des travailleurs

Pour refuser ce déclin, tous les commerçants ont baissé le rideau, hier, de 14 h à 16 h. Une manifestation, à l'appel de l'ensemble des syndicats, a rassemblé plus de 1 000 personnes. Avant d'aller poser une plaque « Place de la résistance » devant le dernier haut-fourneau, élus et syndicalistes ont dit leur colère mais aussi leur espoir de maintenir une activité. C'est Philippe David, le maire d'Hayange, qui paraissait le plus ému. Il n'a pas manqué de rappeler les promesses de Nicolas Sarkozy, à Gandrange, en 2008, lorsque le président de la République garantissait que l'usine ne fermerait pas, ce qui s'est finalement produit. « C'est la honte pour lui ! Nous saurons nous en souvenir bientôt... »

Patrick Weiten, président du Conseil Général, la députée Aurélie Filippetti et tous les maires de la vallée étaient là. D'autres politiciens, en revanche, ont été fraîchement accueillis : ceux du Front National, venus protester « contre le démantèlement de la sidérurgie en Moselle ». Après une brève échauffourée, ils ont dû battre en retraite sous les huées. « Dégagez les fascistes ! On ne veut pas de vous ! Pas de récupération politique ! » Désormais, la vallée de la Fensch va se battre pour la remise en route de son haut-fourneau et pour le lancement du projet Ulcos, une expérimentation de captation de CO2 émis par la production d'acier.

Selon le maire d'Hayange, les ouvriers et les habitants doivent passer avant les actionnaires d'ArcelorMittal. « Ceux-là vivent confortablement sur des coussins remplis de la sueur des travailleurs », a-t-il lancé, sous les applaudissements.

Ludovic BASSAND