ArcelorMittal en état de siège

Publié le 21/02/2012
Hier matin, premier acte de la mobilisation des sidérurgistes inquiets pour leurs emplois : la prise du siège de la direction florangeoise. En attendant d'autres actions coup-de-poing, promet l'intersyndicale.
ArcelorMittal en état de siège
ArcelorMittal en état de siège
Hier matin, premier acte de la mobilisation des sidérurgistes inquiets pour leurs emplois : la prise du siège de la direction florangeoise. En attendant d'autres actions coup-de-poing, promet l'intersyndicale.

© Le Républicain Lorrain, Mardi le 21 Février 2012 / THI /

Venez avec nous ! Sortez de votre aquarium ! Bientôt vous ne serez plus là vous aussi... » Dans le hall des Grands Bureaux d'ArcelorMittal à Florange vers 8 h hier matin, des sidérurgistes décidés à défendre leurs emplois, plus que jamais menacés par l'arrêt prolongé de la filière liquide, lancent un énième appel aux dames de l'accueil. Ces dernières restent de marbre, se contentant de suivre du regard le long cortège qui grimpe au premier, talonné par une horde de journalistes. « La riposte s'est organisée dans l'urgence, on n'a pas eu le temps de mobiliser tout le monde mais les employés et les cadres vont finir par nous rejoindre », espère David, un ouvrier mêlé à la cohue, alors que les meneurs de l'intersyndicale (CFDT, CGT, FO et CFE-CGC) se heurtent à une première porte vitrée à l'étage. « On veut que la direction nous respecte et vienne discuter avec nous. Si elle nous ferme la porte, tôt ou tard, on la défoncera ! », prévient Édouard Martin, le leader de la CFDT plus survolté que jamais. Pour cette fois, la bonne clé apportée quelques minutes plus tard permettra de dégager le passage à environ deux cents personnes décidées à sauver leur usine.

Thierry Renaudin, le patron du site, que les salariés mis au chômage partiel veulent carrément virer, est introuvable et son bureau verrouillé. Pas de trace non plus de Martin Sergent, le nouveau directeur des ressources humaines... Qu'à cela ne tienne, la salle du conseil du comité directeur - « là où ils nous font généralement part des mauvaises nouvelles », souligne François Pagano, le président de la section CFE-CGC - servira de quartier général aux syndicalistes et à tous ceux qui rallieront le mouvement. En jeu : les emplois de 2 800 salariés, 405 intérimaires et 160 entreprises sous-traitantes. Le dernier bastion de la sidérurgie en Lorraine. Un site étendu sur plusieurs communes des vallées de la Fensch et de l'Orne où quatre générations d'hommes et de femmes se sont succédé. « On veut simplement rallumer la mèche des derniers hauts-fourneaux [NDLR : le P3 et le P6 à Hayange, éteints depuis juin et octobre] et recommencer à travailler. Notre usine est rentable et on ira jusqu'au bout pour le prouver à Monsieur Mittal ! », assure Walter Broccoli, secrétaire général syndical FO. Édouard Martin et toute l'intersyndicale sont d'accord : « On va squatter ici matin et soir. Toutes les semaines, il y aura une action forte jusqu'au 6 mai minimum et encore après les Présidentielles. ArcelorMittal Florange est l'enjeu de cette élection et son siège, notre trésor de guerre ».

Textes : Virginie DEDOLA.Photos : Philippe NEU.