ArcelorMittal - Un goût amer de déjà-vu

Publié le 10/09/2011
Des centaines de salariés d'ArcelorMittal ont manifesté hier à Florange contre la fermeture du haut-fourneau P6. «La Lorraine est damnée, l'histoire maudite. Et ici, les gens regardent les trains passer », martèle Édouard Martin, représentant syndical CFDT.
ArcelorMittal - Un goût amer de déjà-vu
ArcelorMittal - Un goût amer de déjà-vu
Des centaines de salariés d'ArcelorMittal ont manifesté hier à Florange contre la fermeture du haut-fourneau P6. «La Lorraine est damnée, l'histoire maudite. Et ici, les gens regardent les trains passer », martèle Édouard Martin, représentant syndical CFDT.

© Vosges Matin, Samedi le 10 Septembre 2011 / Région Vosges

 
La fermeture du P6 et de la chaîne packaging va détruire plus de 2 000 emplois au total.  (Photos Alexandre MARCHI)

Ils se sont donné rendez-vous en début d'après-midi sur le passage à niveau de Daspich à Florange, près de l'usine Arcelor. Les haut-parleurs des camions syndicaux crachent « La lutte finale », quelques centaines de salariés sont rassemblées, armés de drapeaux et de leur amertume. Les visages sont fermés, dans toutes les têtes, la fermeture du haut-fourneau de Gandrange et les promesses non tenues de Sarkozy.

Hier matin, lors d'un comité d'entreprise, a été officialisée la « mise en veille » du haut-fourneau P6 de la filière liquide et de la chaîne de packaging, pour une durée indéterminée.

« Quand on crève ici, on crève seul ! »

« En 2009, on avait pu être recasés sur d'autres secteurs. Là, s'ils arrêtent la phase liquide, c'est fini. On va aller où ? », s'interroge Patrick Dobremer, 41 ans, qui travaille comme mécanicien dépannage sur le P6. Directement concerné par l'arrêt du site, ce fils et petit-fils de sidérurgiste est venu, inquiet. Il vient d'entamer la construction d'une maison... Mais il veut croire que le pire n'arrivera pas. La fermeture définitive du dernier bastion de la sidérurgie en Lorraine.

Vincent Kaiser, syndicaliste CGT, est plus amer encore. Il regrette que seuls quelque 500 salariés soient venus pour cette mobilisation symbolique, en ce vendredi, jour de chômage technique. « Ici, les industries ont été construites après guerre et les salariés viennent de tous les départements. Il n'y a pas de tradition de solidarité. En fin de carrière, les gens ne pensent qu'à rentrer chez eux. Quand on crève ici, on crève seul ! Les usines du Nord et du Sud tournent à plein régime. La Lorraine a bien rapporté du fric aux gouvernements entre 1900 et 1960. Maintenant on est sacrifiés. »

Les élus des dix communes de la vallée de la Fensch sont venus soutenir les ouvriers. Philippe Tarillon, maire de Florange s'indigne. « On nous promet des centaines de millions d'investissement pour le projet de captation de Co2 ULCOS et on ferme des sites en même temps. La direction d'Arcelor doit arrêter de souffler le chaud et le froid ! »

En attendant le prochain CE du 30 septembre, la mobilisation devrait s'organiser. Entre révolte et pessimisme.

Stéphanie SCHMITT