Attaquer le géant là où ça fait mal

Publié le 24/02/2012
L'action est montée en puissance tout au long de la journée d'hier. Les sidérurgistes ont décidé de taper là où ça fait mal : au porte-monnaie, en bloquant toute la journée d'hier les expéditions d'acier plat. Et c'est pas fini.
Attaquer le géant là où ça fait mal
Attaquer le géant là où ça fait mal
L'action est montée en puissance tout au long de la journée d'hier. Les sidérurgistes ont décidé de taper là où ça fait mal : au porte-monnaie, en bloquant toute la journée d'hier les expéditions d'acier plat. Et c'est pas fini.

© Le Républicain Lorrain, Vendredi le 24 Février 2012 / Région /

 

 

A l'ouverture du CCE à paris, les sidérurgistes avaient déjà investi le portier de Florange pour bloquer les expéditions. A la confirmation de la poursuite de l'arrêt, le ton a quelque peu monté, mais sans débordement. Photo Philippe NEU

Combien de temps, ce blocage ? Edouard Martin (CFDT), pris d'assaut par toute la presse de France et de Navarre, entretient le mystère, même s'il y a toutes les chances pour que le mouvement se poursuive aujourd'hui . « Ça fait quarante ans qu'on court derrière la direction pour connaître leurs intentions. Il serait temps maintenant qu'ils nous courent après. L'angoisse a changé de camp. » La voix du leader CFDT se casse au fil des interviews, des invectives et des discours. Mais la détermination reste.

Hier matin, les sidérurgistes ont commencé par occuper calmement le portier de Florange et sa partie expédition, avant de forcer le trait dans l'après-midi. Mise à feu de pneus, impossibilité pour les collègues du laminoir à froid de prendre leur poste, pagaille au niveau du stationnement et présence policière renforcée au fil des heures. Les poids lourds sont restés sur le parking interne, engins chargés de bobines d'acier plat. « Si Arcelor ferme, c'est toute ma vie qui sera chamboulée. Pas seulement la mienne, celle de milliers de personnes ». Jean-François Keck, sous-traitant chez Ondeo IS, parle calmement, mais avoue une colère rentrée. « J'étais de nuit. J'ai arrêté à 5h le matin et suis venu avec les autres à 8h. Par solidarité. » Ici, pas de consigne de grève. « Personne n'est opposé à personne. Mais il faut que Mittal comprenne qu'on prend possession de son usine. Ils mettent en péril notre avenir ? On va mettre en péril son porte-monnaie. » Serge et Maurice, service chemin de fer, n'en démordent pas : « J'espère que ça lui coûte un max. On leur a promis la misère, on va leur faire ».

Pénurie organisée

« Qu'on arrête de nous mentir, s'insurge Jean Mangin (CGT). Si aujourd'hui, on s'attaque à la Lorraine, demain, ce sera Dunkerque ou Fos. » Walter Broccoli (FO) ne mâche pas ses mots : « C'est une honte. Inimaginable de voir une entreprise qui marche, laissée ainsi à l'abandon. Des commandes ne sont pas honorées parce que Mittal organise sa propre pénurie. » L'intersyndicale exige le redémarrage des hauts fourneaux et de sa filière liquide pour retrouver un véritable acier made in Florange de bout en bout. Mais la direction ne plie pas.

« On ne produit pas assez en Europe et Mittal préfère acheter à des concurrents. Tout ça pour faire monter les cours de l'acier », dénonce Xavier Le Coq (CFE-CGC). Florange continue à produire de l'acier, mais avec des brames de Dunkerque. Et même de Brême (Allemagne) et Gand (Belgique), selon l'aveu même de la direction. Les syndicats évoquent aussi la Pologne. « Pour approvisionner l'Europe, 60 000 tonnes pourraient être achetées à Severstal, le concurrent russe », n'en revient pas Walter Broccoli. « Nos clients 'auto' se plaignent d'une recrudescence sans précédent de défauts d'origine aciérie », livre Xavier Le Coq. Et les sidérurgistes de considérer leur acier comme un trésor de guerre. « C'est le fruit de notre travail. Il n'y a pas une usine au monde qui sache faire ce qu'on fait. » Edouard Martin rebondit sur les propos de Nicolas Sarkozy, « lui, qui prend si souvent exemple sur l'Allemagne, qu'il comprenne : nous sommes les Allemands de la France. La qualité made in Florange, elle est ici. C'est celle que les Allemands achètent. Et on voudrait fermer un des fleurons de l'industrie française ? Que les économistes de pacotille ne viennent pas nous expliquer que c'est inéluctable. »

Laurence SCHMITT.