Aux Mittal de souffler le chaud et le froid !

Publié le 19/09/2012
50 000 EUR l'heure d'arrêt. En bloquant le train à chaud de Serémange-Erzange hier, l'intersyndicale CFDT-CGT-FO entendait encore frapper au porte-monnaie du n° 1 mondial de l'acier, toujours silencieux quant à l'avenir de l'usine.
Aux Mittal de souffler le chaud et le froid !
Aux Mittal de souffler le chaud et le froid !
50 000 EUR l'heure d'arrêt. En bloquant le train à chaud de Serémange-Erzange hier, l'intersyndicale CFDT-CGT-FO entendait encore frapper au porte-monnaie du n° 1 mondial de l'acier, toujours silencieux quant à l'avenir de l'usine.

© Vosges Matin, Mercredi le 19 Septembre 2012 / Région Vosges / Florange

 

Le train à chaud a été à l'arrêt complet hier du matin jusqu'en fin de journée.

« Ici, on est plus près de la vérité », lâche Maurice Hirsch (FO) alors qu'hier matin le dernier brame, en provenance de Dunkerque, vient d'être laminé pour la journée. Cette fois, l'intersyndicale CFDT-CGT-FO d'ArcelorMittal Florange bloque le train à chaud du portier La Vallée. Une bonne soixantaine de militants s'y emploient à Serémange-Erzange où s'étend aussi l'usine sidérurgique intégrée. Tous n'oublient pas qu'il y a un peu plus d'un an, c'était encore les deux hauts-fourneaux P3 et P6 du site Patural à Hayange qui alimentaient cette unité importante.

« Maintenant qu'on contrôle le train à bandes, plus aucun coil brut n'ira alimenter le froid », explique Patrick Metzger (CGT). En clair, pas une bobine d'acier ne pourra être élaborée, ni même acheminée ailleurs. Une paralysie du train à chaud qui impacte fortement le train à froid. « L'idée est toujours de toucher le portefeuille du patron », souligne Norbert Cima (FO). Une action ciblée jusqu'à 17 h hier soir qui devrait coûter à Lashkmi Mittal pas moins de « 50 000 EUR par heure d'arrêt », estime Édouard Martin (CFDT).

Un silence difficileà appréhender

De quoi faire sortir le n° 1 mondial de l'acier de son long silence considéré comme « méprisant » par plus d'un ? Certains ouvriers de l'unité à l'arrêt aimeraient le croire. « C'est exaspérant à la fin de ne rien savoir, d'être toujours dans l'incertitude du lendemain », clament-ils d'une même voix tout en gardant l'anonymat, de peur de perdre leur emploi. Le premier brame venu du Nord ou de Pologne, « bien sûr, qu'on a eu un pincement au coeur en l'enfouissant dans le four », confie l'un d'eux. « On savait très bien ce que ça voulait dire pour les copains du reste de l'usine. »

« Sauf que tout ça n'arriverait pas si chaque consommateur achetait français au lieu de l'argument du 'pas cher '! On ne serait pas face à un tel désert industriel », peste un autre. « Surtout qu'il y a un gros besoin d'acier dans le monde : on parle d'une production d'1M4 aujourd'hui, de 2 M demain », appuie Yves Fabbri (CGT). Qui le rappelle une fois de plus à ceux qui n'auraient pas encore compris : « Si la filière liquide s'arrête, le train à chaud est condamné à terme. Il nous faut donc très vite une véritable politique industrielle ! »

Un huissier pour réponse

Pour toute réponse, la direction d'ArcelorMittal Lorraine a dépêché sur place un huissier, venu constater le blocage de la ligne de production et demander sa levée. « Muni d'une ordonnance du tribunal de grande instance de Thionville, il nous a demandé de quitter les lieux », précise Édouard Martin. Les Mittal ne se sont exécutés qu'en fin de journée comme ils l'avaient prévu. Sans heurts et sans jamais avoir abîmé leur outil de travail.

Virginie DEDOLA