Behr : le coup de force de la direction

Publié le 05/11/2010
La tension est encore montée d'un cran hier entre la direction et les grévistes de l'entreprise Behr, à Hambach. Et le troisième jour du mouvement social (lire Le Républicain Lorrain de mercredi et jeudi) a pris une tournure peu banale, voire surréaliste, sur l'Europôle.
Behr : le coup de force de la direction
Behr : le coup de force de la direction
La tension est encore montée d'un cran hier entre la direction et les grévistes de l'entreprise Behr, à Hambach. Et le troisième jour du mouvement social (lire Le Républicain Lorrain de mercredi et jeudi) a pris une tournure peu banale, voire surréaliste, sur l'Europôle.

© Le Républicain Lorrain, Vendredi le 05 Novembre 2010 / SRG + FOR /

 

Les salariés non grévistes de Behront été mobiliséspour passer des boxesde marchandises entreleur usineet la Smart,à traversle grillage. Photo

Thierry NICOLAS

Echauffourées en matinée

Vers 9 h, la direction tente une percée... à travers le grillage. Une brèche est ouverte entre Behr et Smart pour passer de la marchandise. Les grévistes s'en mêlent, une petite échauffourée éclate. Les syndicats affirment avoir trois blessés légers dans leurs rangs. Finalement, la chaîne humaine se met en place.

Les salariés non grévistes sont mobilisés pour traverser la cinquantaine de mètres d'herbe qui sépare les deux sites. Les boxes de pièces servant à fabriquer des systèmes de climatisation sont ensuite chargés dans un camion.

Qui file vers les lignes de production de la Smart, où la production n'est donc pas interrompue. « Ils exigent de nous une qualité irréprochable et eux posent les pièces à même la terre », peste une gréviste. « On ne discute plus, toute négociation est rompue », lâche Thierry Riff, délégué CFDT, partie prenante de l'intersyndicale avec la CGT et FO.

Evacuation par hélicodes marchandises

A 11 h 15, un hélicoptère posé depuis le début de la matinée dans l'enceinte de l'usine s'envole avec un box de marchandises au bout d'une sangle. Les pièces sont évacuées par les airs ! Les manifestants assistent à la scène, incrédules et remontés comme jamais. « Ils ont de l'argent pour un hélico et pas pour nous », s'emporte une autre gréviste.

L'appareil effectuera des rotations toute la journée entre l'usine Behr et l'aérodrome de Sarre-Union. Là, les boxes sont chargés à bord de véhicules, direction l'autre site de la société à Rouffach, en Alsace. Là-bas, les syndicats sont mis au courant de la situation à Hambach et annoncent un débrayage en guise de soutien.

Le dialogue renouémais pas d'avancées

Peu avant l'heure du déjeuner, la direction fait savoir qu'elle souhaite renouer le dialogue. Les grévistes revoient leur position et les trois délégués syndicaux CFDT, FO et CGT entrent en réunion. Celle-ci va durer jusqu'à 13 h.

La direction fait quelques propositions concrètes aux ouvriers grévistes. Tout d'abord, une augmentation brute de 1,5 % des salaires, un minimum avant l'ouverture de nouvelles négociations le 10 novembre. Mais également une prime de nuit passant de 11 à 14 % et une augmentation de coefficient pour 35 employés.

Si les deux dernières annonces contentent en partie les manifestants, l'augmentation de 1,5 % des salaires les laisse pantois. Ils réclamaient 100 EUR nets, cette hausse équivaudrait à 15 EUR bruts.

« On n'est pas sortis pour ça », s'emporte un gréviste. « Il y a quelques années, on a eu 3 % en un jour de grève, rappelle une femme. Cette année, ils donnent 1,5 %, il y a cet hélico... C'est se foutre de notre gueule ! » La grève est reconduite pour 24 h.

Pascal MITTELBERGER. Une chaîne humaine pour livrer des pièces à la Smartet même un hélicoptère pour alimenter l'autre usine du groupe à Rouffach, en Alsace. Chez Behr,le mouvement social entamé mardi a pris une tournure peu banale hier. Faceà la méthode radicale employée par la direction, les grévistes restent plus que jamais mobilisés devant leur usine.