Behr : négociations ça passe, CDI ça casse ...

Publié le 31/12/2011
Si les négociations salariales chez Behr Lorraine avaient mal commencé, un accord a été trouvé en fin de semaine dernière. Mais l'entreprise continue de dégraisser discrètement...
Behr : négociations ça passe, CDI ça casse ...
Behr : négociations ça passe, CDI ça casse ...
Si les négociations salariales chez Behr Lorraine avaient mal commencé, un accord a été trouvé en fin de semaine dernière. Mais l'entreprise continue de dégraisser discrètement...

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 31 Décembre 2011 / FOR
 
« On a montré que l'on peut obtenir des choses par la grève, mais aussi par la négociation. » L'an passé, la direction combattait la grève avec des... hélicoptères. Photo archives RL -- Thierry NICOLAS.

L'an passé, elles avaient entraîné une grève 'spectaculaire', mais cette année, les négociations salariales se sont déroulées dans un climat nettement moins tendu chez Behr, qui fabrique des systèmes de refroidissement pour l'automobile, à Hambach.

Un accord a fini par être signé avant Noël, accordant une augmentation de 45 EUR (soit 3 % pour le collège ouvrier), 1 % de prime supplémentaire pour le poste de nuit, 0,5 % au mérite et 2,5 % sur les indemnités de transport.

La direction a annoncé qu'en 2012, le Vendredi saint serait un jour férié, chômé, mais rémunéré. Mais les RTT des salariés passent de 18 à 17...

Question de méthode

À l'entame des négociations pourtant, les choses paraissaient mal parties... Le directeur, Pierre Kopp, voulait faire signer aux syndicats un accord méthode assez particulier ! L'objectif annoncé était que tout se déroule 'dans un climat serein, en toute bonne foi, et avec la volonté de discuter sans user de quelque moyen de pression que ce soit'. Pour ce faire, le directeur s'engageait à 'ne pas prendre de décision unilatérale... avant la fin de la négociation'. Après... De leur côté, les syndicats devaient s'engager à ne pas faire grève. Ces derniers ont évidemment refusé.

Par la suite, c'est le directeur technique, Gérard Ruiz-Lopez, qui semble avoir pris la main. « Avec lui, au moins, on peut discuter, lance Coskun Erdogan (CGT). Pour une fois, ça a pu bien se dérouler, dans le respect. » Le syndicaliste se félicite également de la venue dans l'entreprise du Pdg, M. Baumert, qui craignait peut-être une nouvelle grève... Crainte sans doute partagée par la direction hambachoise, qui avait « prévu des stocks dans l'entreprise et hors de l'entreprise, dans deux remorques », confie Philippe Stanic (CFDT). De l'argent qui dort, des remorques louées à 700 EUR par jour, la pilule passait mal... Mais ça coûte moins cher qu'un arrêt de chaîne ou un hélicoptère...

S'il reconnaît que comparés à la Smart et la plupart de ses partenaires, ils ont obtenu peu, Coskun Erdogan relativise : « On a eu plus en deux ans que sur les douze dernières années. Et on a montré que l'on peut obtenir des choses par la grève, mais aussi par la négociation. » Une page serait donc tournée et l'an prochain le délégué compte bien revoir ses prétentions à la hausse et s'aligner sur ses voisins. D'autant que le groupe Mahle devrait « avoir vraiment la main » fin 2012.

Activité en hausse salariés en baisse

Côté effectifs, les choses ne s'arrangent pas... Le nombre de CDI continue de baisser d'environ 10 % par mois. « Il y avait 1 300 salariés il y a 5 ans, note Philippe Stanic. Là, on est 460, avec une centaine d'intérimaires. » Didier Getrey rebondit : « A ce rythme-là, dans 10 ans, la boîte n'existera plus... » Il enfonce le clou : « Ça veut dire qu'en quinze ans, Behr aura 'cassé' 1 300 emplois ! » Quasiment sans plan social, sans protection syndicale... Parmi ces départs, sept délégués syndicaux. Inquiétant...

La raison ? Elle ne peut être que financière. Les salariés sont devenus des produits, des variables d'ajustement. Qui veut réaliser des bénéfices baisse sa masse salariale... Pourtant, l'activité, elle, n'a pas baissé et de nouveaux contrats ont été trouvés.

Du coup, là où trois personnes assumaient chacune une mission, un salarié occupe trois postes.

Les tensions sont palpables... « Et on veut nous installer des caméras dans l'usine. Ça deviendra comme une petite prison... Mais on ne laissera pas faire ! », lance Coskun Erdogan. Nous n'avons pas pu joindre la direction.

Michel LEVILLAIN.