Carte postale de Gandrange

Publié le 18/01/2012
La commune « symbole du manquement à la parole donnée » recevait hier François Hollande.
Carte postale de Gandrange
Carte postale de Gandrange
La commune « symbole du manquement à la parole donnée » recevait hier François Hollande.

© L'Est Républicain, Mercredi le 18 Janvier 2012 / Ouverture France-Monde

 

Edouard Martin, délégué syndical CFDT d'ArcelorMittal, offre un casque à Martine Aubry et François Hollande. Photo Alexandre MARCHI

Quand François Hollande arrive peu avant 16 h sur le site de Akers à Thionville, une entreprise spécialisée dans la fabrication de cylindres, il a endossé un pardessus de circonstance, histoire d'atténuer le choc thermique entre la Guyane, dont il débarque le matin même, et la Lorraine, où le thermomètre affiche des températures négatives.

Sur son visage serein, peut-être moins jovial que d'habitude, pas de trace de la moindre fatigue. Accompagné, pour la première fois, de Martine Aubry, il écoute, concentré, les explications du directeur de l'aciérie à capitaux suédois.

Il arpente les ateliers en dialoguant tranquillement avec les ouvriers. Puis, au terme d'une demi-heure de visite, décoche sa première flèche : « Nous, nous avons confiance dans les entreprises. L'Etat doit avoir une vision de l'avenir, il nous faut un grand secteur industriel avec des grandes entreprises, mais aussi un réseau de PME, de sous-traitants qu'il faut accompagner ».

Hollande confirme son projet de banque publique, sa réforme de la fiscalité « pour favoriser l'investissement ». Il veut » convaincre les jeunes qu'il y a un avenir dans l'industrie », la bonne occasion pour remettre en piste son « contrat de génération ». Une esquisse de sourire blafard lézarde le visage de Martine Aubry. Hollande lui jette un oeil, improvise une opération de calinothérapie : « Pendant la visite un jeune a dit à Martine : merci pour les 35 heures ». Aubry ne cille pas. Mais glissera qu'elle, déjà en 1975, avait bossé « six mois sur le premier plan de la sidérurgie ». Non mais...

Leur première sortie en couple manque d'un peu de chaleur. La faute à la météo sans doute. Nouvelle déclaration d'amour à Gandrange : « Je suis candidat socialiste, j'ai besoin du PS et de sa première secrétaire ». Mais Aubry est déjà dans le couloir du complexe Balavoine, prête à filer sur Metz où piaffent, dit-on, 500 supporters dans les salons de la mairie.

« Lever la confiance »

Hollande maître du temps. Aubry condamnée à s'y plier. Le leader CFDT leur a concocté un petit cadeau : un casque blanc floqué du slogan « l'acier lorrain vivra », offert contre la signature d'une carte postale à l'adresse de Sarkozy pour lui demander de « pérenniser la sidérurgie lorraine », grâce notamment à l'acier « vert » du projet Ulcos de captation de CO2. « J'ai déjà signé », maugrée Aubry tandis que Hollande se prête de bonne grâce à l'exercice avant de livrer à 20 minutes de critique en règle de la politique gouvernementale. « Gandrange symbole de l'abandon de l'emploi comme priorité, de l'absence de politique industrielle, de manquement à la parole donnée ». Il est passé 18 h. La voix s'éraille, mais le verbe reste haut. « Le sommet de crise sur l'emploi ? Surtout un sommet de fin de mandat et de début de campagne ».

Parce qu'il ne « veut pas d'une 2e plaque à Gandrange pour le président qui reviendrait sans encore avoir tenu ses promesses », Hollande se fait prudent : il concède aux syndicalistes le principe d'une loi qui permettrait de « saisir les tribunaux » en cas de démantèlement d'une entreprise. Avance l'idée d'une sorte de bonus-malus, qui modulerait les cotisations des entreprises selon qu'elles proposent des CDI ou auraient recours aux CDD et à l'intérim.

Il prévient : « Tout ne sera pas possible dès le lendemain de l'élection présidentielle, mais tout sera engagé dans la clarté des objectifs et avec la mobilisation des moyens », promet Hollande. « Pas venu seulement pour éclairer des promesses non tenues mais donner un avenir, lever la confiance ». « Plus que des paroles, il a posé un acte en signant la carte postale », martèle à l'envi le leader de la CFDT à la noria de journalistes. « Nous ici, on ne veut plus de slogan ». Un homme averti en vaut-il deux ?

Philippe RIVET