Chez les Mittal : « A 57 ans, Sarkozy découvre le 1er mai »

Publié le 24/04/2012
Leur lutte a marqué la campagne. Au point de faire de Florange un passage obligé des candidats anti-Sarkozy. Les Mittal ont abondamment commenté les résultats du premier tour. Entre espoirs et déceptions.
Chez les Mittal : « A 57 ans, Sarkozy découvre le 1er mai »
Chez les Mittal : « A 57 ans, Sarkozy découvre le 1er mai »
Leur lutte a marqué la campagne. Au point de faire de Florange un passage obligé des candidats anti-Sarkozy. Les Mittal ont abondamment commenté les résultats du premier tour. Entre espoirs et déceptions.

© Le Républicain Lorrain, Mardi le 24 Avril 2012 / Région /

 

 

Pas de doute au moment d'aborder le duel Hollande-Sarkozy. Chez les Mittal, on penche nettement pour le socialiste. Photo D. S.

Sous la tente blanche bariolée de slogans à la gloire de l'acier lorrain, le débat fait rage. Dans leur village gaulois planté au pied des Grands Bureaux d'ArcelorMittal à Florange, les sidérurgistes refont l'élection de la veille. La dernière idée de Sarkozy de s'approprier le 1er mai a du mal à passer. Christ Marot, 61 ans, dont quarante-trois passées à la coulée continue, tape du poing sur la table : « Arcelor nous a pris nos primes du 1er mai, et maintenant, Sarkozy nous vole notre journée. » Walter ironise : « A 57 ans, Sarkozy découvre le 1er mai, c'est pas mal ». Édouard Martin préfère en rire : « Mais qui peut croire que Sarkozy devient soudain ouvrier ? Tout ce qu'on lui souhaite, c'est de passer le 1er mai 2013 sur le yacht de Bolloré. »

Cette campagne électorale, c'est un peu la leur. La lutte entamée il y a près de dix semaines pour sauver leur emploi l'a rythmée de bout en bout. Au point de faire de Florange le symbole national de l'échec industriel de la Sarkozie.

Et le passage obligé des candidats désireux de « se payer » la politique du pouvoir en place. Autant dire que les résultats du premier tour étaient particulièrement attendus. À Florange plus qu'ailleurs. Réunis dans un local, autour d'une télé géante et d'une paella qui l'était tout autant, ces métallos qui ne se quittent plus ont passé la soirée de dimanche ensemble. « À 20h, il y a d'abord eu un wahoo de satisfaction pour le score de Hollande, puis des sifflets pour celui trop élevé de Sarkozy. Et enfin beaucoup de déception en voyant le score de Marine Le Pen », résume Walter.

« Bras d'honneur »

Le retraité a tellement d'aversion envers la droite qu'en 2002, lors du duel Chirac-Le Pen, il a préféré exhumer un vieux bulletin Jospin pour le glisser dans l'enveloppe ! C'est dire si du côté des Mittal, on pensait que le rapport de force gauche-droite tournerait largement à l'avantage du premier camp. Las.

Les travailleurs ont beau retourner le cahier spécial élection du Républicain Lorrain dans tous les sens, le résultat n'est pas vraiment celui imaginé. Certes, sur Florange et Uckange, 33 % des suffrages sont allés vers François Hollande. Mais Marine Le Pen arrive en deuxième position avec 24 %. Devant Sarkozy, 18 %. Malgré le mal qu'il s'est donné en se rendant sur place et en étant présent aux côtés des sidérurgistes lorsqu'ils ont marché sur Paris, Mélenchon n'a pas été payé en retour (12 %).

« Ceux qui votentLe Pen se trompent »

La simple évocation du sigle FN fait bondir Edouard Martin : « Ici, on le sentait qu'elle allait faire un bon score. La crise lui offre un boulevard. Mais ceux de l'usine qui votent Le Pen se trompent. La totalité de la matière première qu'on y travaille vient de l'étranger. 70 % de ce qu'on y produit part à l'export. Et si l'on revient au franc, on est mort. Avec Marine au pouvoir, Mittal n'a même plus besoin de fermer le site, c'est elle qui le fera. »

Nicolas Sarkozy avait reproché aux syndicats de faire de la politique. Le leader CFDT du mouvement reconnaît que la perspective d'une victoire de Hollande redonnerait de l'allant à leur lutte : « Le gouvernement actuel nous envoie des bras d'honneur depuis neuf semaines. On a bien compris qu'avec lui, rien ne changera. Avec un nouveau président, même si on n'est pas dupe, on se dit qu'il y aura peut-être la possibilité de rebattre les cartes. »

Et si l'intérêt politique et médiatique retombait après le 6 mai ? « La route de Paris, on la connaît », sourit Edouard Martin.

Philippe MARQUE.