Conflit social : ArcelorMittal : « l'arrêt de mort » de Florange ?

Publié le 24/02/2012
Les syndicats d'ArcelorMittal de Florange ont estimé hier que la direction avait signé « l'arrêt de mort » de leur usine en annonçant l'importation d'acier russe pour alimenter l'activité du site lorrain.
Conflit social : ArcelorMittal : « l'arrêt de mort » de Florange ?
Conflit social : ArcelorMittal : « l'arrêt de mort » de Florange ?
Les syndicats d'ArcelorMittal de Florange ont estimé hier que la direction avait signé « l'arrêt de mort » de leur usine en annonçant l'importation d'acier russe pour alimenter l'activité du site lorrain.

© Vosges Matin, Vendredi le 24 Février 2012 / Région Vosges / SAINT-DENIS

Après les annonces du Comité central d'entreprise (CCE), hier, les salariés de Florange ont durci les actions. (Photo AFP)

Florange

La direction d'ArcelorMittal temporisait hier sur l'avenir des deux hauts fourneaux arrêtés de Florange (Moselle), sans apaiser les craintes des syndicats.

Les syndicats ont estimé que la direction avait définitivement condamné leur usine en indiquant, lors d'un comité central d'entreprise (CCE) au siège français à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), l'importation d'acier russe pour alimenter l'activité -- hors hauts fourneaux -- du site lorrain.

A Florange, 300 métallurgistes bloquaient les expéditions depuis hier matin.

Le CCE était l'occasion de présenter la prolongation de « l'arrêt temporaire d'une partie des installations de Florange, en particulier la phase liquide (hauts fourneaux à l'arrêt depuis plusieurs mois, N.D.L.R.) », a déclaré le PDG d'ArcelorMittal France, Hervé Bourrier.

« 500 salariés sont concernés (par l'arrêt des hauts fourneaux, N.D.L.R.), les 2 300 autres salariés du site sont sur les autres outils de Florange [...] Nous essayons de trouver une solution pour chacun des salariés, au travers de la formation professionnelle, des mesures ponctuelles de chômage partiel, des redéploiements sur le site là où les activités sont maintenues », a-t-il ajouté.

« Nous referons un point dans le courant du mois de mai pour la situation du troisième trimestre. Mais il n'y a pas de fermeture définitive de Florange, c'est un arrêt temporaire », a affirmé Hervé Bourrier. Ce rendez-vous, « c'est pour gagner du temps. Si on conti nue comme cela, on va droit dans le mur, c'est la fin de Florange », a estimé Yves Fabbri, représentant de la CGT, qui, comme d'autres syndicats, a exigé une table ronde entre pouvoirs publics, syndicat et direction.

Le CCE d'hier doit se poursuivre le 2 mars, en présence d'un membre de la direction générale, mais celle-ci a laissé entendre que cette réunion était conditionnée à l'amélioration du dialogue social, selon Jean-Marc Weckrin (CFDT) qui dénonce « le chantage de la direction ».

Début des actions

Mais les syndicats n'entendent pas cesser leur mouvement.

« La direction s'était engagée à redémarrer nos hauts fourneaux si celui de Dunkerque n'arrivait pas à alimenter, ici, en acier le train à chaud. Et voilà qu'elle annonce en CCE l'achat de 60 000 tonnes de métal de Russie, achetées à Severstal, l'un de ses concurrents ». « Elle vient tout simplement de signer l'arrêt de mort de Florange », a affirmé le responsable de la CFDT, Edouard Martin.

Devant quelque 300 métallurgistes bloquant depuis 9 h la sortie des expéditions de Florange, le syndicaliste s'est dit « écoeuré par les mensonges » d'ArcelorMittal. « Si certains avaient encore un doute sur la mort programmée de Florange, il est définitivement levé », a-t-il poursuivi.

Pour Walter Broccoli, leader FO, l'importation d'acier en provenance de la Russie « constitue l'aveu que Florange ne redémarrera pas ». « Florange, c'est foutu ! On va jeter un millier d'emplois à la rivière et tuer un fleuron de l'industrie métallurgique au nom de la rentabilité financière », a-t-il dit.

La direction assure maintenir « l'ensemble des mesures permettant le redémarrage des installations dès que les conditions de marché le permettront ». Mais à ce jour, elle prévoit une baisse de 2 % de la consommation d'acier en Europe en 2012.

En attendant une reprise de la demande, le groupe préfère faire tourner au maximum les sites de Dunkerque et Fos-sur-Mer, considérés plus compétitifs.

Avec leur blocage, les syndicalistes espèrent désorganiser la fabrication dans l'industrie automobile qui, selon l'un d'entre eux, « travaille à flux tendu ».

Cette action « coup de poing » est la première menée par l'intersyndicale CGT/CFDT/FO/CFE-CGC, après l'occupation de la direction lundi. L'intersyndicale doit se réunir dans l'après-midi pour décider ou non d'une extension du mouvement à d'autres sites.