Contester l'argument économique des licenciements

Publié le 08/05/2010
Les anciens Johnson étaient hier de retour sur le site, un an après l'annonce de sa fermeture pour dénoncer les conditions de travail sur la plate-forme, et, peut-être, débuter un nouveau combat.
Contester l'argument économique des licenciements
Contester l'argument économique des licenciements
Les anciens Johnson étaient hier de retour sur le site, un an après l'annonce de sa fermeture pour dénoncer les conditions de travail sur la plate-forme, et, peut-être, débuter un nouveau combat.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 08 Mai 2010 / SRG

 
Une partie des anciens salariés de Johnson Controls s'est retrouvée hier devant l'usine, devenue plate-forme logistique. Photo RL

Ils avaient sorti les banderoles, les tonnelles, prévu le café, apporté un barbecue... Toujours aussi organisés les anciens Johnson ! Ils avaient décidé de marquer le coup, un an après l'annonce de la fermeture du site, scellant le destin de quelque 270 salariés. Mais le divorce n'est aujourd'hui pas totalement consommé...

« Nous n'avons pas confiance en l'avenir de cette plateforme logistique », confiait Philippe Beaugrand, délégué CFDT. Pas plus en tout cas que ceux qui y oeuvrent actuellement, anciens salariés repris ou intérimaires. « La direction elle-même n'a pas de vision au-delà d'un an ou deux », confiait hier un délégué CFDT. Les conditions de travail y sont difficiles (lire notre édition du 5 mai) et les syndicats n'oublient pas leurs anciens camarades. ils ont aussi leurs revendications, sur le droit individuel à la formation, que la direction voudrait modifier, faisant passer le tarif horaire de 30 EUR à 9,15 EUR. Un acquis sur lequel les délégués syndicaux ne pensaient pas avoir à revenir.

Bataille judiciaire

Mais hier, une autre question était sur toutes les lèvres. Le licenciement des 'salariés protégés', les délégués syndicaux, passe par l'inspection du travail. Hors l'inspecteur a jugé que leur licenciement, au vu de la situation, ne saurait être considéré comme un licenciement économique. « Cette décision est une victoire », confie Didier Getrey, secrétaire CFDT métallurgie Moselle. D'autant plus que les syndicats n'avaient cessé de contester, justement, les raisons de ces licenciements. « On peut maintenant utiliser cette décision pour aller chercher plus pour l'ensemble des salariés. » Si la clause économique ne tient plus, « il s'agit d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse ». La CFDT va informer les salariés par courrier avant d'organiser une assemblée générale, pour leur expliquer cette décision de l'inspection du travail et ses conséquences possibles sur de futures actions en justice. « Il faut agir vite, car nous avons un an à partir de la réception des lettres de licenciements. » Soit jusqu'en janvier 2011. Didier Getrey annonce que les cas devront être analysés individuellement, car c'est l'ancienneté qui joue dans ce cadre. « Quelqu'un qui a trois ou quatre ans de boîte n'y gagnera pas grand-chose... » Il espère pouvoir boucler les dossiers fin juin pour introduire une procédure début juillet.

« C'est important que l'inspection du travail partage les arguments que nous avions déjà évoqués devant le tribunal, explique Me Laurent Pat. Les salariés peuvent saisir les prud'hommes pour contester le motif économique de leur licenciement. Même ceux qui ont signé un accord transactionnel, forcément remis en cause pour les mêmes motifs. » Et réclamer des dommages et intérêts, « d'autant plus au vu des bénéfices réalisés par le groupe », 274 millions de dollars au 2e trimestre fiscal. Par ailleurs, les syndicalistes ont demandé un entretien au ministère de l'Industrie, sur la base de ces nouveaux éléments.

Laissez-passer

Hier, comme toujours avec eux, les Johnson ont été calmes. Il y avait un côté convivial à leur rencontre, lors de laquelle il n'y a eu aucun débordement. Ils ont même laissé passer les quelques camions de livraison qui s'étaient présentés, se contentant de les retarder symboliquement. Ils n'ont pas encore tourné la page et n'ont certainement pas tiré un trait sur l'amitié qui les lie parfois depuis 30 années. Chacun devra maintenant faire un choix.

Michel LEVILLAIN.