Démonstration de forcesur les rails à Ebange

Publié le 03/03/2012
C'est sur les voies de la gare d'Ebange, à Florange, puis sur celles voisines de la ligne TGV, que s'est jouée la 5e opération coup de poing des sidérurgistes d'ArcelorMittal. Une action éclair stoppée par les forces de l'ordre.
Démonstration de forcesur les rails à Ebange
Démonstration de forcesur les rails à Ebange
C'est sur les voies de la gare d'Ebange, à Florange, puis sur celles voisines de la ligne TGV, que s'est jouée la 5e opération coup de poing des sidérurgistes d'ArcelorMittal. Une action éclair stoppée par les forces de l'ordre.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 03 Mars 2012 / Région
 
Une fois la ligne d'alimentation de 25 000 volts coupée, les manifestants ont pu investir la voie où circulent TER et TGV. La gendarmerie mobile et la police nationale les en ont délogés. Photo Pierre HECKLER

Mise sur les rails depuis le début de la semaine, l'opération commando Arcelor a tenu, hier, toutes ses promesses. En investissant la gare de triage d'Ebange à Florange, syndicalistes et sympathisants ont semé une prévisible pagaille sur le trafic ferroviaire de la Grande Région, trois heures durant. Vingt TER et un TGV supprimés, un train en provenance de Bruxelles retenu trois heures à Thionville, un autre resté deux heures en gare de Hettange-Grande : le trafic a été perturbé jusqu'à 15h30, heure de remise en service de la ligne Luxembourg-Metz. Par sécurité, celle-ci avait été désélectrifiée par les services de la SNCF, le temps de l'envahissement sur la zone.

« Au bord du précipice » 

En bloquant les entrées et les sorties à Ebange, les chasubles orange et rouges ont réussi leur coup : perturber le fonctionnement du site et se faire déloger manu militari par les gendarmes mobiles de Thionville, qui ont joué des coudes pour éloigner les salariés. Non sans heurt d'ailleurs, puisque dans le chahut, un employé de Gépor en chômage partiel a été victime d'un malaise lors d'une virile confrontation. Malgré l'intervention du sous-préfet François Marzorati et la présence du directeur de la sécurité publique de la Moselle, Hervé Niel, les manifestants ont préféré faire fi de leurs conseils, déterminés à ne pas bouger d'un iota. « Nous sommes au bord du précipice, enrage un leader CFDT, et déterminés et dignes de notre combat ». A quelques encablures de là, représentants et partisans FO et CFE-CGC reçoivent sur leur portable, en direct de Saint-Denis, les premières réactions du comité central d'entreprise extraordinaire (lire ci-dessous). Ceux-là ne tiennent pas particulièrement à investir la ligne ferroviaire. « Mais au sein de l'intersyndicale, on n'interdit pas des actions personnelles », lâche laconiquement Walter Broccoli (FO). Une liberté d'indépendance partagée par le courant CFE-CGC.

Cette occupation sur la voie ferrée signe, pour les métallos, la fin d'une semaine chargée en annonces - « effets de manches », ajuste l'intersyndicale - du Président-candidat Nicolas Sarkozy. Ce vendredi, ses déclarations aussitôt suivies par celles de la direction laissent encore un goût amer. Au sortir de la réunion du comité central d'entreprise, pas de quoi se réjouir non plus. « I ls se foutent de notre gueule ! », proteste le responsable Force ouvrière. Et ce n'est pas les timides feulements du candidat indépendant à la présidentielle Alexis Jaros, venu montrer son minois, qui ont rassuré les esprits à fleur de peau. Ce n'était pas spécialement le but, après coup...

Au régime saucisse soupe, les sidérurgistes ont tout le week-end pour varier le menu et recharger les batteries. Ce lundi, tous derrière la bannière de l'intersyndicale, ils reprendront le combat et le chemin des bureaux de l'avenue des Tilleuls. Après avoir montré « ce qu'[ ils sont] capables de faire », les discussions s'animeront à nouveau autour de la remise en marche du haut fourneau P6 « pas avant le deuxième semestre », et du packaging à l'avenir plus qu'incertain (lire par ailleurs). Une nouvelle feuille de route se précisera. Avec, entre les lignes, de probables coups d'éclat, autrement dimensionnés.

Emmanuel CORREIA.