ECONOMIE - LA REVANCHE DE SMART

Publié le 24/02/2009
Longtemps décrit comme au bord du gouffre, le site Smart de Hambach n'a jamais aussi bien tourné. Jusqu'à la semaine dernière, ses salariés travaillaient en heures supplémentaires.
ECONOMIE - LA REVANCHE DE SMART
ECONOMIE - LA REVANCHE DE SMART
Longtemps décrit comme au bord du gouffre, le site Smart de Hambach n'a jamais aussi bien tourné. Jusqu'à la semaine dernière, ses salariés travaillaient en heures supplémentaires.

On a été les moutons noirs. Aujourd’hui, nous sommes les seuls à fonctionner normalement. » Patrick Hoszkowicz, délégué syndical CFDT de Smart-Hambach (1 200 salariés), ne souhaite de mal à personne. Mais il ne boude pas son plaisir. L’usine de Moselle-Est, longtemps annoncée en difficulté, tient sa revanche. Jusqu’à la semaine dernière, les salariés étaient même en heures supplémentaires. Une véritable «provocation» en ces temps de disettes automobiles !
Le retour à la normale n’est survenu qu’hier. Depuis ce début de semaine, les seuls fabricants au monde de la petite citadine ne travaillent plus que 35 heures par semaine, au lieu des 37,5 habituelles. Faisant ainsi retomber la production de 600 à 582 fortwo/jour. Les prémices de la crise ? Pas vraiment à en croire les syndicats qui parlent juste de «
précautions». Ce que confirme la direction parisienne, qui ne cache pas son optimisme et parle déjà de relancer la machine, «compte tenu des nouveaux marchés qui s 'ouvrent à nous : comme le Brésil et la Chine. »

Dix ans d’avance
Les chiffres de production résument à eux seuls la bonne période traversée par l’entreprise. En 2007, 102 000 véhicules sont sortis des chaînes de production de Hambach, contre 127 000 l’an dernier. Soit une augmentation de l’ordre de 25 %. Un quart des modèles étaient alors destinés au marché américain, qui est devenu le troisième de la marque avec 25 000 ventes, derrière l’Allemagne et l’Italie et devant la France. En 2009, l’objectif est d’atteindre les 135 000 véhicules. «Quand on entend parler d’un marché en baisse de 40 à 50 % en Espagne et au Portugal, de 35 % en Italie, on se dit qu’on s’en sort bien », reconnaît la direction.
Comble de l’ironie, le site, à qui de nombreux Cassandre avaient prédit un avenir en pointillés au moment où il tournait à 10 % de ses capacités, est aujourd’hui devenu un symbole de la France qui gagne. Jadis moquée, la petite citadine connaît enfin son heure de gloire. Consommant aussi peu qu’elle ne pollue, facile à garer, le véhicule novateur imaginé par Nicolas Hayek (le créateur de la montre Swatch), et aujourd’hui tombé dans le giron de Daimler-Chrysler, a juste eu le tort d’être en avance de dix ans sur son époque. Luc Chatel, secrétaire d’Etat à l’Industrie, y annoncera son plan de relance de l’automobile ce matin. Et n’hésite pas à qualifier le site de «
lieu emblématique pour la Lorraine ». Un discours qui fait rire les syndicalistes locaux. «On aurait plutôt préféré qu’il aille dans un site impacté par le chômage partiel », glisse Patrick Hoszkowicz. Qui rappelle aussi qu’au moment où l’entreprise allait mal, les élus ne se bousculaient pas au portillon.
Philippe MARQUE.
Publié le 24/02/2009 - France et Monde