ECONOMIE SAINT-AVOLD - Plate-forme chimique deCarling: un inexorable «dépeçage»

Publié le 08/07/2009
Les ateliers ferment, les vagues de suppressions d'emplois déferlent. La plate-forme de Carling Saint-Avold, un tiers des emplois de la chimie en Lorraine, meurt-elle à petit feu ? Les syndicats réclament un sursaut.
ECONOMIE SAINT-AVOLD - Plate-forme chimique deCarling: un inexorable «dépeçage»
ECONOMIE SAINT-AVOLD - Plate-forme chimique deCarling: un inexorable «dépeçage»
Les ateliers ferment, les vagues de suppressions d'emplois déferlent. La plate-forme de Carling Saint-Avold, un tiers des emplois de la chimie en Lorraine, meurt-elle à petit feu ? Les syndicats réclament un sursaut.

Que restera-t-il du site de Carling en 2015 ? s’interrogent les syndicats. Pour eux, les réorganisations successives s’apparentent à «du dépeçage».
Que restera-t-il du site de Carling en 2015 ? s’interrogent les syndicats. Pour eux, les réorganisations successives s’apparentent à «du dépeçage».

Deux bus en provenance de Moselle-Est arriveront vers 11 h ce matin à Colombes, en région parisienne, devant le siège du chimiste Arkema.

DOSSIER

L’intersyndicale de l’usine de Carling va profiter d’un comité central d’entreprise pour manifester son désarroi suite à la décision, intervenue fin juin, de fermer toute une filière de production ; le MAM (méthacrylates de méthyle) pourtant présent depuis 1958 à Carling.
L’heure est grave. Depuis 2006, les plans sociaux s’empilent sur la plate-forme chimique de Carling Saint-Avold. Même rebaptisés plans de performance ou plans de sauvegarde, ces réorganisations successives, décidées par les directions des deux principales entreprises du site, Total Petrochemicals et Arkema, plombent l’économie locale. «A Carling, pas moins de quatre procédures de suppressions d’emplois se superposent pour ces deux seuls employeurs », confirme Serge Cossutti (CFDT). Ces deux grands groupes, plutôt en bonne santé, voire même en excellente forme pour le géant Total, adoptent une stratégie du retrait très inquiétante. La chimie de base perd inexorablement du terrain en Lorraine.
Arkema, c’était 635 salariés en 2006. Il n’en restera que 303 au 1er janvier 2013. La dégringolade des effectifs est du même ordre chez Total Petrochemicals : 550 salariés prévus fin 2013 contre 813 fin 2008. En 2005, la plate-forme pesait plus de 1 700 emplois. En 2013, il en restera tout juste 850, si tout va bien. Un millier de postes qui partent en fumée et peut-être plus du double en termes d’emplois indirects. Car les nombreux sous-traitants, parfois à demeure pour de la maintenance sur le site de Carling, vont aussi souffrir. A ce rythme, que restera-t-il du site en 2015 ? «On ne veut pas jouer les oiseaux de mauvais augure, mais c’est du dépeçage. Nous appelons au sursaut pour maintenir cette industrie dans la région », martèle Antoine Casula (CGT).

Pipeline et perplexité

Les élus de tous les niveaux, la préfecture, le conseil économique et social… se sont mobilisés. Rien n’y a fait. Les industriels, plus soucieux de défendre leur compétitivité au niveau mondial que de soutenir le bassin d’emploi de Saint-Avold, continuent de se désengager. L’ancien ministre François Loos défend l’idée d’un pipeline connectant la Moselle-Est au réseau européen d’éthylène. Si Ineos y voit matière à sauver son usine de Sarralbe, la perplexité règne à Carling. «Dans le contexte actuel, ce pipeline fragiliseraitencore un peu plus la plate-forme », estime Antoine Casula. Même chez les cadres, on broie du noir. Vu les stratégies actuelles des grands groupes, «ce site mosellan n’a plus d’avenir dans la pétrochimie. Il faut se reconvertir dans les énergies renouvelables », notait Khalid Benhammou, délégué CGC, le 9 juin dernier à Paris, à l’issue du comité central de Total Petrochemicals.

Textes : Stéphane MAZZUCOTELLI.
Publié le 08/07/2009 (France et Monde)