Edouard Martin : « Il faut réagir vite »

Publié le 10/09/2011
Interview - Représentant CFDT au comité d'entreprise européen d'ArcelorMittal, Edouard Martin demande au groupe de faire les investissements nécessaires au maintien du site.
Edouard Martin : « Il faut réagir vite »
Edouard Martin : « Il faut réagir vite »
Interview - Représentant CFDT au comité d'entreprise européen d'ArcelorMittal, Edouard Martin demande au groupe de faire les investissements nécessaires au maintien du site.

© L'Est Républicain, Samedi le 10 Septembre 2011 / Ouverture Région Lorraine 

Pourquoi, selon vous, la direction d'AcelorMittal a-t-elle décidé de fermer le haut-fourneau P6, le dernier de Lorraine ?

Parce qu'il y a une baisse conjoncturelle de la demande d'acier. A Florange on lamine chaque mois environ 200.000 tonnes d'acier destiné au marché de l'automobile, de la construction, de l'industrie et de l'emballage (boîtes de conserve, boisson...)

Quel est le handicap de l'acier lorrain qui justifie ce choix ?

Florange est un site continental qui souffre du surcoût du prix du transport de la matière première que nous devons ramener par train depuis Dunkerque à Florange. Il s'agit de charbon et de minerai de fer provenant de pays exotiques, comme l'Australie ou l'Amérique du sud. En outre, nous avons aussi le plus petit des vingt-cinq hauts-fourneaux du groupe.

De quelle capacité ?

A Dunkerque, par exemple, les trois hauts-fourneaux ont une capacité de production de 7,5 millions de tonnes par an. Nous, notre capacité maximale, en fonctionnant à plein régime, tourne autour de 2,2 à 2,3 millions de tonnes.

L'acier lorrain n'est plus compétitif ?

Comme les hauts-fourneaux de Dunkerque sont en bordure de mer, ils ont une rentabilité plus grande. Mittal a donc décidé d'arrêter Florange et de transférer les commandes sur Dunkerque. Je précise aussi que Dunkerque a bénéficié d'investissements récents, leurs hauts- fourneaux ont une meilleure productivité.

Et Florange ?

Nous avons un outil vieillissant. Il faut le moderniser pour rester compétitif, ce que l'on nous refuse depuis des années.

Est-ce la fin de la sidérurgie en Lorraine ?

Non. Mittal annonce une fermeture provisoire et non définitive. Aujourd'hui, on sait arrêter et faire redémarrer un haut-fourneau. Mais il est vrai que les arrêts fréquents abîment les briques réfractaires chauffées à 1500°. A notre handicap géographique la direction détériore notre outil de production.

Combien y a-t-il de salariés pour produire cet acier lorrain ?

Sur l'ensemble du site de Florange il y a 2.890 salariés. L'arrêt du haut fourneau va impacter à peu près 800 salariés en CDI à quoi s'ajoutent 405 intérimaires qui vont être remerciés au plus tard le 30 septembre. Et un volant de sous-traitants qui, ensemble, emploient plusieurs centaines de salariés qui vont être sans travail. Donc on est plus près des 2.000 suppressions d'emploi que des 500 annoncés par la direction.

Cela vous inquiète ?

Cela ressemble à ce qui s'est passé à Gandrange : pas d'investissements, pas de maintenance et au moment où le four tombait en lambeaux, Mittal a dit « c'est trop cher, on préfère le fermer ». C'était à l'été 2008.

Que comptez-vous faire ?

Il faut réagir vite. Faire des investissements. Sinon c'est la viabilité de filière liquide de l'acier lorrain qui peut-être remise en question. Nous demandons à l'Etat d'accepter de payer le chômage partiel mais, en contre partie, il doit exiger du groupe ArcelorMittal de procéder aux investissements nécessaires pour que, lorsque la reprise sera là, Florange soit en état de produire de l'acier en 2011.

Propos recueillis

par Marcel GAY