En deuil de stèle

Publié le 12/01/2012
Qui a volé la plaque funéraire installée devant l'aciérie de Gandrange ? Une plainte a été déposée, hier, et l'enquête lancée.
En deuil de stèle
En deuil de stèle
Qui a volé la plaque funéraire installée devant l'aciérie de Gandrange ? Une plainte a été déposée, hier, et l'enquête lancée.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 12 Janvier 2012 / Région /

 

 

Une nouvelle stèle devrait bientôt prendre place sur les supports en béton. Photo Pascal BROCARD

Une plainte pour vol a été déposée, hier, par Edouard Martin, au nom de la CFDT, au commissariat d'Hagondange, après la disparition de la plaque funéraire commémorant symboliquement « les promesses non tenues » de Nicolas Sarkozy. Elle a été installée il y a trois ans à l'entrée de l'aciérie de Gandrange. Reste à savoir si cette plainte est recevable, la stèle se trouvant sur un terrain appartenant à Mittal.

En attendant, les services de police, dirigés par le commissaire Nathan Bauer, ont effectué leurs premières investigations sur place. Le temps de constater que la caméra de surveillance dirigée vers l'entrée de l'usine est débranchée depuis plusieurs mois. Donc rien à attendre de ce côté.

Les vandales ont descellé la stèle sans la briser. Mais les premières investigations n'ont pas permis de déterminer à quelle date le vol a été perpétré. L'affaire fait clairement plus de bruits dans les sphères politiques que judiciaires. « Stèle ou pas stèle, cela n'empêchera pas les politiques de venir là », estime pour sa part Michel Liebgott, député-maire socialiste de Fameck et fin connaisseur du dossier sidérurgique. « Qui pouvait être gêné par la stèle de l'aciérie de Gandrange ? », s'interroge sur Twitter Jean-Pierre Masseret, président du conseil régional de Lorraine. « Même sans elle, on n'oubliera pas... », conclut-il. « La stèle a disparu, c'est dommage, c'était bien beau », réagit, en esthète, Audrey Vernon, jeune comédienne parisienne qui a intégré Gandrange dans le one woman show économique qu'elle présente sur les scènes françaises depuis un an.

La disparition de la stèle n'empêchera pas François Hollande de s'arrêter devant l'aciérie lors de son déplacement en Moselle, le jeudi 17 janvier.

« Une imposture »

Simple acte de vandalisme ou geste politique contre un monument devenu un point de ralliement de l'anti-sarkozysme ? « Ce geste m'étonne à moitié car cela devenait un symbole gênant », note Edouard Martin. En effet, tous les opposants de passage venaient se faire photographier devant la plaque. Prendre la pose devant la stèle équivalait à adresser un double message : dénoncer la désindustrialisation et affirmer son anti-sarkozysme.

L'installation a une histoire qui débute par la visite du président de la République le 5 février, au lendemain de son mariage. Devant des sidérurgistes inquiets par le projet de Mittal de fermer l'aciérie, Nicolas Sarkozy avait tenu un discours très offensif en assurant que tout serait fait pour que l'usine, qui employait 600 personnes, poursuive son activité. Au final, cette dernière a fermé. « C'est sous le gouvernement Jospin que Gandrange a été vendu à Mittal. Nicolas Sarkozy, qui n'a jamais été élu sur des promesses sidérurgiques, a eu le courage de venir sur place pour voir, écouter et comprendre », rappelle François Grosdidier, sénateur UMP de Moselle, qui considérait cette plaque comme « une imposture ». Les délégués CFDT ont néanmoins décidé de la remplacer. Certains plaident pour l'acier, plus solide. D'autres préfèrent le marbre. Plus symbolique.

P. R.