Eric Besson ou le discours du « tout va bien »

Publié le 13/01/2012
Eric Besson, ministre de l'industrie, a occupé le terrain, hier à Thionville. Une façon de soutenir la députée UMP Anne Grommerch à une semaine de la venue de François Hollande, invité par son challenger Bertrand Mertz.
Eric Besson ou le discours du « tout va bien »
Eric Besson ou le discours du « tout va bien »
Eric Besson, ministre de l'industrie, a occupé le terrain, hier à Thionville. Une façon de soutenir la députée UMP Anne Grommerch à une semaine de la venue de François Hollande, invité par son challenger Bertrand Mertz.

© Le Républicain Lorrain, Vendredi le 13 Janvier 2012 / Région /

 

 

Entre Thionville-Yutz et Henriville, le CFAI forme chaque année 700 apprentis pour l'industrie, dont 140 au niveau ingénieur. Son président, Maurice Grunwald, était heureux de l'annoncer au ministre de l'Industrie. Photo Pierre HECKLER.

L'impressionnant déploiement de CRS aurait pu laisser craindre quelques débordements... Mais, même si les temps sont durs, l'heure n'est plus forcément à la lutte en Moselle-nord. Si preuve il devait y avoir, la visite d'Eric Besson sur un air de « Tout va très bien madame la marquise » au Centre de formation d'apprentis de l'industrie (CFAI), à Thionville-Yutz, en fut la parfaite démonstration, hier matin. Pas une petite banderole, ni le moindre sidérurgiste en colère, pas une allusion aux entreprises en difficultés, aux 18 % d'emplois industriels perdus ces deux dernières années, à cette région qui, plus que tout autre souffre depuis 2008... Au contraire, Jean-Pierre Lucas, vice-président du Medef, a parlé d'une « année 2011 très convenable de la branche métallurgie », plaçant plutôt le propos sur la difficulté à recruter. Un paradoxe bien réel dans cette région, d'où la volonté de Jean Arnould (ThyssenKrupp) de valoriser, coûte que coûte, la filière industrie.

La rencontre organisée in extremis avec les syndicats d'ArcelorMittal Florange - le programme initial prévoyait la visite de l'Institut de soudure -, n'a rien apporté de nouveau sur le front de la sidérurgie. Le ministre a, bien sûr, rappelé le soutien de l'État au projet Ulcos. « Besson est venu faire son cinéma », sourit Yves Fabbri (CGT). « Rien de nouveau », soupire Edouard Martin (CFDT). Le cabinet du ministre avait bien essayé d'obtenir d'ArcelorMittal une date de reprise du haut fourneau de Hayange, mais rien de rien. Eric Besson ne peut que transmettre les propos répétés à l'envi ces derniers mois : « Tout dépend de la conjoncture internationale. Mittal n'a nullement l'intention de fermer le site. Tout est temporaire. »

Donnant-donnant

Les micros tendus de la presse ont rappelé qu'en Belgique, quinze jours avant l'annonce de la fermeture, personne n'était au courant, Eric Besson n'a pu qu'acquiescer. « Avec Mittal, nous sommes dans une démarche donnant-donnant ; entre pression et engagements positifs. » D'où le quasi million d'euros déboursé l'an dernier par l'État pour l'indemnisation du chômage technique à Florange. Pour le premier trimestre 2012, 1,2 MEUR est programmé. « Comment ne pas accepter ce chômage technique ? », interroge le ministre qui a surtout rappelé combien la convention de revitalisation annoncée par Nicolas Sarkozy a été appliquée à la lettre. « Les 571 salariés tous reclassés ou à la retraite, le fonds lorrain des matériaux, la construction du centre de formation des apprentis ArcelorMittal au CFAI, la mission d'accompagnement des entreprises sous-traitantes... Les engagements de Mittal sont allés au-delà de ce que la loi impose. »

Les syndicats, qui n'ont pas assisté à ce discours, le confirment : « c'est nous qui avions négocié avec Mittal ces engagements forts. Les promesses de Sarkozy, elles, n'ont pas été tenues . Où sont les deux centrales électriques à gaz promises ? L'atelier de construction photovoltaïque ? L'atelier de construction de portes coupe-feu ? Et sa déclaration pour sauver l'aciérie ? », dénonce Edouard Martin.

Laurence SCHMITT.