Florange : acier trompé ?

Publié le 09/05/2012
Les syndicats d'ArcelorMittal Florange appellent à un rassemblement devant l'usine aujourd'hui où doit se tenir un CE extraordinaire porté sur la fuite des commandes de Florange vers d'autres sites européens.
Florange : acier trompé ?
Florange : acier trompé ?
Les syndicats d'ArcelorMittal Florange appellent à un rassemblement devant l'usine aujourd'hui où doit se tenir un CE extraordinaire porté sur la fuite des commandes de Florange vers d'autres sites européens.

© Vosges Matin, Mercredi le 09 Mai 2012 / Région Vosges / Florange

 Le conflit à Florange dure depuis onzes semaines.

après onze semaines de conflit, alors que les deux derniers hauts-fourneaux d'ArcelorMittal à Florange sont plongés dans un coma destructeur depuis juin et octobre 2011, c'est un nouveau coup dur pour les métallos de Moselle.

15 000 tonnes d'acier pour emballage auraient quitté les carnets de commande du site de Florange pour être produites sur d'autres sites européens, à Liège en Belgique et en Espagne notamment. L'information aurait fuité fin avril du site belge de Liège jusqu'à Florange, provocant la colère des syndicats et l'appel à la grève et le rassemblement d'aujourd'hui.

Le site lorrain dispose de deux chaînes d'étamage de la filière Packaging (transformation d'acier en fer-blanc de packaging), dont une - l'étamage 2 - est placée à l'arrêt par la direction au motif d'une baisse des commandes « dans un contexte économique mondial difficile ».

« Aujourd'hui, 15 000 tonnes d'acier de commande d'un client de Florange auraient été détournées vers d'autres sites. Nos deux lignes d'étamage ont une capacité de production de 45 000 tonnes par trimestre. Cela représente donc un mois d'activité sur l'étamage qui est placé à l'arrêt », explique Frédéric Weber de la CFDT ArcelorMittal.

3 000 salariés soutiennent l'action syndicale

Pourquoi les commandes, qui pourraient relancer l'activité sur le site, seraient-elles détournées vers d'autres ? « Nous avons interrogé la direction qui nous indique que la répartition des commandes se fait au niveau de Flat Carbone Europe (N.D.L.R., société luxembourgeoise regroupant toutes les filiales européennes d'ArcelorMittal fabriquant des aciers plats au carbone). Les choses sont faites dans notre dos et la direction n'est pas claire dans ses propos. ArcelorMittal a fait son calcul. Ils préfèrent mettre des usines à l'arrêt et toucher de l'argent public pour payer le chômage partiel plutôt que de faire travailler les gens », ajoute le syndicaliste.

Aussi, à la demande des syndicats, se tient aujourd'hui à 14 h un comité d'entreprise extraordinaire. Comité lors duquel les syndicalistes espèrent « connaître dans le moindre détail le flux des produits, l'état des carnets de commande de la filière Packaging et la répartition entre les différents sites européens ».

L'appel à la grève, de deux heures minimum, s'il « reste ponctuel » selon les syndicats, doit aussi permettre de tordre définitivement le cou à l'idée lancée par le chef de l'État, qui voudrait que les salariés du site de Florange et « quelques permanents de la CGT et la CFDT » soient opposés quant au sort de leur usine.

Une pétition, lancée auprès des salariés, des sous-traitants et des intérimaires, a recueilli plus de 3 000 signatures en soutien à l'action syndicale. « L'action de ce vendredi sera aussi une manière pour les salariés de montrer qu'ils nous soutiennent ».

Pendant la tenue du CE, les salariés se rassembleront face aux grilles des « Grands bureaux ». Grilles devant lesquelles la direction du site a placé une cinquantaine de vigiles privés depuis le début du conflit, ce qui ne manque pas de faire réagir les syndicats qui estiment le coût de cette opération à « 10 000 euros par jour, alors que pour obtenir en CHSCT 4 000 euros pour rénover les douches des ouvriers, on nous oppose qu'il n'y a pas de cash disponible », regrette Frédéric Weber.

Alors que lors du prochain comité de groupe européen du 23 mai seront prises « des décisions sur l'activité de Florange au cours du troisième trimestre 2012, on s'attend à tout et nous sommes inquiets au plus haut point, mais plus motivés que jamais à ne rien lâcher », conclut le syndicaliste Stéphanie SCHMITT