Florange : mort annoncée

Publié le 15/02/2012
Le couperet est tombé. L'arrêt des hauts-fourneaux de Florange est prolongé au moins jusqu'en juillet. Par cette décision, ArcelorMittal sonne le glas de la sidérurgie lorraine.
Florange : mort annoncée
Florange : mort annoncée
Le couperet est tombé. L'arrêt des hauts-fourneaux de Florange est prolongé au moins jusqu'en juillet. Par cette décision, ArcelorMittal sonne le glas de la sidérurgie lorraine.

© Vosges Matin, Mercredi le 15 Février 2012 / Région Vosges

L'intersyndicale s'est réunie au pied de la Vierge où les ouvriers ont dressé un SOS qui clignote depuis la mise en veille des hauts-fourneaux. (Photo ER)

Le doute n'est plus permis, après les annonces faites par la direction d'ArcelorMittal Florange hier matin. « C'est la mort annoncée de Florange. Mais nous ne serons pas les Grecs de la sidérurgie. Vous allez voir de quoi sont capables les sidérurgistes de Florange ». Édouard Martin élu CFDT, n'avait pas de mots assez durs hier matin pour exprimer sa colère sur le site de Florange et annonce déjà une « radicalisation de la situation dans les jours à venir. Ça va saigner ! », annonce-t-il

Convoqués un peu plus tôt dans la matinée par la direction, les syndicats, CFDT, CGT, CFE CGC et FO Métaux réunis en intersyndicale ont appris que l'arrêt des deux hauts-fourneaux du site, le P3 depuis juin et le P6 depuis octobre 2011, sera prolongé au 2e trimestre 2012. Quant à la filière packaging, touchée par le chômage partiel, alors que ses carnets de commande sont pleins, elle voit sa situation encore dégradée. Et pourtant pas de reprise avant juillet. « Le couperet est tombé », pour les syndicats qui voient les probabilités d'un redémarrage infimes.

« Le 3e trimestre, période de grandes vacances et le quatrième trimestre traditionnellement une période de baisse de charge de travail ne seront pas propices à une reprise. Aujourd'hui, Mittal est dans une politique de fermeture du site », explique Patrick Auzanneau, représentant national CFDT devant les salariés réunis à la pause déjeuner dans les self-services de l'usine.

2,3 milliards de bénéfices en 2011

Il faut dire que venant du leader mondial de l'acier, qui a enregistré 2,3 milliards de bénéfices et reversé un milliard de dividendes à ses actionnaires en 2011, la manoeuvre peut apparaître comme grossière. Le groupe qui privilégie les sites portuaires les plus rentables en France et recentre ses commandes sur Dunkerque et Fos-sur-Mer a obtenu de l'État la fameuse « APLD » pour le 1er trimestre 2012, qui permet au groupe de financer le chômage partiel -- 6 semaines par trimestre à Florange -- par le denier public. Avec la prolongation de l'arrêt des hauts-fourneaux de Florange et une probable APLD accordée par l'État à Mittal jusqu'en juin, le groupe sera dans l'impossibilité de faire un plan social avant fin décembre 2012, soit six mois après la fin du chômage partiel. En clair, Mittal évite le plan social avant les élections présidentielles, « un pacte diabolique signé entre Mittal et le candidat Sarkozy », selon les syndicats et maintient l'activité en sommeil jusqu'à la fin de l'année, avant d'annoncer la fermeture du site... et le tour est joué.

Sur place, hier, les salariés ont accueilli la nouvelle avec une certaine retenue. Entre indignation et résignation, il y a une vive inquiétude pour Walter Broccoli, élu FO : « Il est primordial que les salariés prennent conscience qu'ils ne peuvent plus croire en des promesses. Il faut des actes aujourd'hui et pour cela nous devons nous battre, coûte que coûte ».

Alors que le ciel de la vallée s'assombrit considérablement, Mohammed Si Merabet, 22 ans, ouvrier sur la chaîne d'étamage 2 à Florange, confie : « Bien sûr, si le site ferme, nous les jeunes on sera les premiers à partir. J'ai envie de me battre et pourtant j'ai le sentiment que c'est déjà plié. Je vis en couple, avec un loyer à payer. Pour moi, ça va être très dur ».

Les salariés, les habitants du Val de Fensch et les élus locaux sont invités à une assemblée générale extraordinaire demain à 17 heures à la Passerelle de Florange. Vendredi, explique Frédéric Weber de la CFDT « l'intersyndicale se réunira pour décider d'actions fortes », avant une réunion extraordinaire du comité central européen d'ArcelorMittal, le 23 février prochain.

Stéphanie SCHMITT