Fumée noire à Florange

Publié le 24/02/2012
La sortie des expéditions du site lorrain a été bloquée hier. A Paris, la direction a réaffirmé le caractère « temporaire » de l'arrêt des hauts-fourneaux, sans convaincre des syndicats ulcérés.
Fumée noire à Florange
Fumée noire à Florange
La sortie des expéditions du site lorrain a été bloquée hier. A Paris, la direction a réaffirmé le caractère « temporaire » de l'arrêt des hauts-fourneaux, sans convaincre des syndicats ulcérés.

© L'Est Républicain, Vendredi le 24 Février 2012 / Ouverture Région Lorraine

 

Les salariés de l'usine ArcelorMittal de Florange ont décidé de bloquer l'accès au site et les sorties de productions . PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN/Philippe NEU

Trois cents métallurgistes en colère ont commencé à bloquer, hier matin, la sortie des expéditions du site d'ArcelorMittal à Florange, dont l'avenir était évoqué au même moment lors d'un comité central d'entreprise. Pour les syndicats lorrains, la direction a signé « l'arrêt de mort » de leur usine en annonçant, lors de ce CCE tenu en région parisienne, l'importation d'acier russe pour alimenter le site lorrain. Une annonce toutefois démentie dans la journée par le PDG d'Arcelor France, Hervé Bourrier.

« La direction s'était engagée à redémarrer nos hauts-fourneaux si celui de Dunkerque n'arrivait pas à alimenter, ici, en acier le train à chaud. Et voilà qu'elle annonce au CCE l'achat de 60.000 tonnes de métal en Russie. Elle vient tout simplement de signer l'arrêt de mort de Florange », a estimé, très remonté, le responsable de la CFDT, Edouard Martin, se disant « écoeuré par les mensonges » d'ArcelorMittal. « Si certains avaient encore un doute sur la mort programmée de Florange, il est définitivement levé ».

« Que Sarkozy appelle Mittal et fasse pression sur lui ! »

« Si ça sent la fin, il est hors de question que Mittal démantèle Florange », a encore tonné le responsable syndical. « Nous préserverons, coûte que coûte, notre outil de travail », a-t-il ajouté alors que d'épaisses volutes de fumée noire s'élevaient de pneus brûlant devant le poste de contrôle de l'usine.

Pour Walter Broccoli, leader FO, l'importation d'acier en provenance de la Russie « constitue l'aveu que Florange ne redémarrera pas ». « Florange, c'est foutu ! On va jeter un millier d'emplois à la rivière et tuer un fleuron de l'industrie métallurgique au nom de la rentabilité financière », a-t-il dit. « Que Sarkozy, qui a dit vouloir ''tout faire'' pour sauver Florange, téléphone tout de suite à Mittal et qu'il fasse pression sur lui », a-t-il encore exigé, alors que sa voix était couverte par les chansons de Bernard Lavilliers, soutien historique des métallos de la région, passant en boucle sur la sono des protestataires.

Même tonalité à la CGT dont le responsable, Jean Mangin, a dénoncé le caractère « gravissime » et « incompréhensible » des « atermoiements » de la direction. « Importer des brames de Russie ? C'est la démonstration que Mittal ne veut pas redémarrer Florange », a-t-il estimé. Les représentants de la CFE/CGC partageaient cette analyse. « Importer de l'acier russe, cela veut dire que le redémarrage de nos hauts-fourneaux est plus que compromis », a estimé l'un des délégués du syndicat, Jean-Pierre Breme.

Dans la journée, ArcelorMittal a reconnu avoir importé 60.000 tonnes d'acier pour ses sites belge de Gand et allemand de Brême, dont la production avait été temporairement réduite à cause d'un hiver trop rigoureux. Mais le PDG d'Arcelor France a démenti « toute importation de brames d'acier (NDLR des plaques épaisses d'acier qui sont ensuite transformées) en provenance de l'étranger pour le site de Florange », dont les installations de transformation de l'acier tournent toujours, même si les hauts fourneaux qui fabriquent l'acier sont en veille.

La direction d'ArcelorMittal a parallèlement indiqué qu'une reprise des hauts-fourneaux n'était envisageable qu'au troisième trimestre en Lorraine. Elle a également précisé, à l'issue du CCE, qu'elle réétudiera en mai un éventuel redémarrage des hauts fourneaux de Florange, arrêtés au moins jusqu'à l'été, alors que sont privilégiés les sites de Dunkerque et Fos-sur-Mer. Le CCE d'hier, qui s'est terminé sur une suspension de séance, doit se poursuivre le 2 mars en présence d'un membre de la direction générale, mais celle-ci a laissé entendre que la tenue de cette réunion était conditionnée à l'amélioration du dialogue social, selon Jean-Marc Weckrin (CFDT) qui dénonce « le chantage de la direction ».