Interview « Nous sommes des enfants d'ouvriers »

Publié le 06/04/2012
ArcelorMittal Arrivée des métallos de Florange ce soir à Paris avec un concert de soutien auquel participera le groupe Zebda
Interview « Nous sommes des enfants d'ouvriers »
Interview « Nous sommes des enfants d'ouvriers »
ArcelorMittal Arrivée des métallos de Florange ce soir à Paris avec un concert de soutien auquel participera le groupe Zebda

© L'Est Républicain, Vendredi le 06 Avril 2012 / Région Lorraine

 


En lutte depuis le 20 février dernier pour « sauver leurs emplois », des sidérurgistes d'ArcelorMittal à Florange ont entamé, il y a dix jours, une marche de 350 km vers Paris pour « sauver la sidérurgie lorraine ». Ils sont arrivés à Bobigny, hier, en fin de journée, rejoints par des centaines de manifestants.

Aujourd'hui, une ultime étape les mènera à la tour Eiffel. Puis place de Varsovie, au pied du Trocadéro, pour un concert de soutien gratuit avec la participation de nombreux artistes, dont Bernard Lavilliers et le groupe Zebda. Mouss, l'un des membres du groupe a répondu à nos questions.

Pourquoi avez-vous choisi de vous engager aux côtés des sidérurgistes de Lorraine ?

Parce qu'il y a énormément de symboles dans ce combat qui résonne très fort pour nous. Ce sont des travailleurs qui se battent pour sauver leur emploi. Il y a là quelque chose de l'ordre de l'engagement avec une dimension humaine qui prend le pas sur tout le reste, ça fait beaucoup de bien en ce moment de voir ces gens qui n'acceptent pas d'être de la chair à patrons.

Après avoir milité pour le devenir des banlieues, vous vous engagez aux côtés des ouvriers. Même combat pour vous ?

Nous sommes issus de quartiers populaires, nous sommes des enfants d'ouvriers, les ArcelorMittal nous renvoient à nos pères. La dimension sociale est aujourd'hui au coeur des inégalités et le paroxysme vient de cette confrontation avec une logique ultralibérale. Le mot « égalité » est essentiel pour écrire l'histoire de notre pays.

Certains reprochent à ces ouvriers et syndicalistes d'être « politisés ». Zebda est un groupe très engagé, la politique c'est quoi pour vous ?

Les syndicats, les ouvriers ont un point de vue sur la société. Dire cela, c'est n'accorder aucun pouvoir à la démocratie. C'est comme si faire de la politique c'était moins noble. C'est exactement l'idée portée par l'arrogance de notre gouvernement. Pour nous, tout est politique, c'est ça qui fait avancer notre société. La politique ce n'est pas avoir une démarche électoraliste.

À quelques semaines du 1er tour, vous revenez sur le devant de la scène avec un album intitulé « Second Tour », et l'envie d'en découdre encore ?

La « parole à prendre » est au coeur de notre sens artistique. On a le souci du bon rôle à jouer. Il est précisément important dans ce contexte d'accompagner les gens qui militent pour donner de l'énergie. Nos concerts ne sont pas des meetings, mais des moments de communication et d'harmonie.

17 ans après votre titre « Le bruit et l'odeur », quel regard portez-vous sur la France ?

Si on devait partir de ce morceau-là, en refaire un aujourd'hui, c'est un double album qu'il faudrait faire...

Mais nous ne portons pas qu'un regard négatif sur la France, on n'est ni dans l'angélisme, ni dans le catastrophisme. Aujourd'hui les choses sont complexes et des tas de problématiques se croisent. Dans cette question, la dimension sociale est un tout. Les choses évoluent et il est important pour nous de participer à l'écriture de cette histoire. En chanson et non pas à travers des discours. Cela nous permet d'universaliser nos propos.

Vous êtes originaires du quartier des Isards à Toulouse. La question des banlieues est quasi absente de cette campagne, comment réagissez-vous à cela ?

C'est symptomatique de ces dernières années. Les quartiers populaires sont relégués en banlieue de la république. Il y a une forme d'abandon matériel et idéologique. Est-ce parce que les candidats voient la banlieue comme un désert politique ? Si c'est le cas, c'est faux. Les gens ont des choses à penser, des paroles à donner. Les phénomènes d'exclusion ont été entérinés en banlieue, c'est inacceptable. Les valeurs de la République ne sont pas accessibles aux gens qui vivent là, c'est un fait. Les enfants, les ados, les jeunes adultes développent de vrais sentiments de rejet. Quand supporter l'exclusion n'est plus possible, la pathologie est au rendez-vous. Les conséquences sont alors aussi fortes que les traumatismes de l'exclusion et de la suspicion subies.

Propos recueillis par Stéphanie SCHMITT