L'ex-Gandrange qui a réussi malgré tout à y croire... un peu

Publié le 25/02/2012
Seul, face à son destin. A nouveau. L'impression de s'être fait duper. Lâché. A nouveau. Comme tous ces salariés réunis hier rue des Romains, au portier de l'usine à froid.
L'ex-Gandrange qui a réussi malgré tout à y croire... un peu
L'ex-Gandrange qui a réussi malgré tout à y croire... un peu
Seul, face à son destin. A nouveau. L'impression de s'être fait duper. Lâché. A nouveau. Comme tous ces salariés réunis hier rue des Romains, au portier de l'usine à froid.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 25 Février 2012 / THI
 
A l'entrée du site de la rue des Romains à Florange, hier, l'avertissement était clair : « Gandrange, faut pas que Sarkommence ! » Un slogan que pouvait largement clamer Olivo Gottardi, 59 ans, un ancien de l'aciérie qui a vécu difficilement sa fermeture, en 2009. Dans la foule, dubitatif et très éprouvé, il attend peu du discours du candidat PS à la présidentielle. A moins que... Photo RL

Olivo Gottardi, petit quinquagénaire discret, revit le scénario de Gandrange. Les cicatrices toujours à vif. Pas besoin d'aller chercher bien loin en lui. Les images se bousculent, la voix se teinte de trémolos, les yeux se chargent de larmes. Comme les copains de l'agglo à Rombas, il a fait le déplacement. Oh, il n'attend pas grand-chose de ce qu'il va se nouer ici. Surtout de la part du candidat Hollande. « Des promesses, on ne peut plus y croire... Après ce que l'on a vécu... J'aurai du mal à le croire, même s'il montre le chemin. Des mois que je me pose la question : 'On repart pour aller où ? » Gandrange et sa fin, lui ne s'y attendait pas. Un choc, une fracture. « Mis devant le fait accompli. » Mais sous cette apparente résignation, le père de famille dissimule peut-être cette envie d'espoir. Celle portée par l'intersyndicale CGT-CFDT-FO-CFE-CGC, plus que jamais boostée. « Il me reste un an et demi à tirer, je pensais pas finir comme ça. »

Invité à croquer un sandwich-merguez, en attendant l'arrivée du député de Corrèze, le camarade ne rejoindra même pas la queue. Comme l'immense majorité des employés, intérimaires, élus et sympathisants. « Ça passe pas là. » L'homme promène alors sa bonhomie dans l'ambiance survoltée des lieux, entre les feux de Bengale et les cornes de brume. Toute la presse nationale prend ses aises, papillonnant de réactions de syndicalistes à celles des élus locaux. La valse des micros et des caméras vole momentanément la vedette des salariés, au grand dam de certains, révoltés. Ce pillage, ceux-là le revendiquent à l'arrivée du candidat à la présidentielle. Le comité d'accueil, ce devait être eux. Raté. « Les oubliés sont là, en bas ! » Olivo suit la scène, comme impassible. « Je ressens la même chose que la dernière fois. C'est dur, mais nécessaire. » Passé l'épisode chaotique, François Hollande, entouré de son escorte, se fraye un chemin jusqu'à la camionnette de la CFDT. Sur son toit, les délégués des différentes confédérations frappent fort. « Soudainement, tout le monde se réveille ! » « On a décidé de prendre notre destin en main ! » « Si Mittal ne veut plus de Florange, qu'il ne démantèle pas alors l'outil, ce qui en empêcherait la reprise par un concurrent ! » « On n'a pas le temps d'attendre M. Hollande ! » « La Lorraine, c'est une région sidérurgique ET métallurgique ! » Le sang d'Olivo bouillonne. « Je ne ferai pas de promesse que je ne pourrai pas tenir ! Je suis ici par solidarité, et responsabilité. On doit croire en notre industrie ! » L'écho renvoyé par François Hollande paraît alors apaiser sa colère. Pendu aux lèvres du chef de file PS, là, en chair et en os, celui qui vit une semaine travaillée deux semaines chômées apprécie le discours. « Il a parlé, il faudra maintenant qu'il passe aux actes, Il faut qu'il soit ferme ! On compte aussi sur les députés. Nous, notre rôle, c'est dans les urnes qu'il se jouera. » Une assurance soudaine pousse le Moyeuvrien à retrouver ses collègues. « Excusez mais là... je rejoins les copains ! »

Emmanuel CORREIA.