L'infirmier qui prend soin d'ArcelorMittal

Publié le 02/03/2012
Le Briotin Frédéric Weber, vice-président de la CFDT, est posté en première ligne dans le conflit qui secoue ArcelorMittal. Cet infirmier de formation évoque son combat sur le site florangeois.
L'infirmier qui prend soin d'ArcelorMittal
L'infirmier qui prend soin d'ArcelorMittal
Le Briotin Frédéric Weber, vice-président de la CFDT, est posté en première ligne dans le conflit qui secoue ArcelorMittal. Cet infirmier de formation évoque son combat sur le site florangeois.

© Le Républicain Lorrain, Vendredi le 02 Mars 2012 / MMN /

 

 

Actuellement, Frédéric Weber passe plus de temps à ArcelorMittal, sa deuxième maison, qu'au domicile familial à Briey :« C'est dur mais c'est pour la bonne cause. » Photo Pierre HECKLER

Allô ? Vous êtes devant la porte ? Je viens vous chercher. » Frédéric Weber avance d'un pas décidé jusqu'au portail (ou ce qu'il en reste) censé filtrer les entrées des Grands Bureaux d'ArcelorMittal. Le gardien, bien seul, ne jette même pas un regard à l'hôte flashy avec son gilet fluorescent floqué au nom de la CFDT. Ni à ses convives.

D'ordinaire hermétique à toute intrusion étrangère, le siège florangeois du géant de l'acier ressemble, depuis une grosse dizaine de jours, à un moulin. On y entre et on en sort avec la plus grande liberté. 'On est chez nous' : le graffiti est l'oeuvre des camarades sympathisants du syndicaliste qui ont pris soin 'd'évacuer' la direction quelques jours plus tôt : « Enfin, direction, c'est un bien grand mot. Eux, ce n'était que des gestionnaires, pas des décisionnaires. Alors, autant qu'ils quittent les lieux... » Scène surréaliste : un ordinateur, un fauteuil et un bureau trônent devant l'entrée. Le nouveau PC de l'intersyndicale ? « Non, c'est le bureau du gardien qu'on a mis dehors ! » Une petite action symbolique, autant pour tromper l'ennui que pour entretenir la flamme.

Frédéric Weber, vice-président de la CFDT, est une voix entendue et respectée à Florange. À première vue, rien ne le prédestinait à se montrer si actif dans la lutte syndicale. Et pourtant, quelques signes avant-coureurs laissaient présager un tel engagement lors de son recrutement en 2005. Sous la blouse de l'infirmier du travail a en effet toujours battu un coeur militant. Ses premiers émois, il les aura vécus en 1994 en s'opposant au nouveau contrat pour l'école mis en place par François Bayrou, alors ministre guère centriste de l'Education nationale : « A la faculté de Metz, j'ai été vice-président de la Fédération des étudiants lorrains. Avant de devenir, en 1995, l'un des plus jeunes conseillers municipaux à Maizières-lès-Metz. L'esprit citoyen, la volonté d'aider les autres, j'ai cela dans le sang. »

« Jamais impressionné »

Ses huit années dans l'armée, en qualité d'infirmier militaire, ne l'auront pas fait rentrer dans le rang. L'homme n'a pas peur de bousculer la hiérarchie, surtout lorsqu'il perçoit de l'injustice : « Au Kosovo, j'ai vu que l'homme était capable de faire le meilleur comme le pire. »

Le pire, aujourd'hui, le salarié le voit poindre à l'horizon : « L'arrêt des hauts-fourneaux est un mauvais présage. Ce qui ne devait être que du temporaire dure depuis trop longtemps. On doit se battre, prendre les devants et nous réunir avant une éventuelle fermeture. Le timing est idéal pour mener notre action. » Le Briotin fait allusion à la campagne présidentielle, gage de promesses (sans lendemain ?). Sur le pont depuis plusieurs mois, les ongles des doigts rongés de nervosité, Frédéric Weber ne compte pas les heures données à la cause : « Les journées sont bien remplies. Nous nous devons d'être organisés et surtout réactifs. »

Ainsi, la visite de François Hollande ne lui a été signalée que le matin-même. Hollande, Royal, Mélenchon : ces derniers mois, en fidèle soutien d'Edouard Martin, le grand patron de la CFDT, il a appris à siéger à la table des grands du monde politique. A comprendre leur langage, « et surtout à faire entendre la voix de nos sympathisants ». Ces entrevues face à ces poids lourds ne l'intimident pas : « Je reste moi-même, je ne suis jamais impressionné. Peut-être est-ce un héritage de mon métier d'infirmier, où l'on soigne sans distinction les plus riches comme les plus pauvres. Je parlerais au président de la République comme à n'importe quelle autre personne. » Cela tombe bien : une rumeur bruisse dans les couloirs d'ArcelorMittal ces dernières heures : « Sarkozy pourrait venir prochainement. S'il vient, il se doit d'avoir du 'biscuit', des propositions concrètes. Il ne peut rééditer la même erreur que pour Gandrange. »

Si la visite se confirme, Frédéric Weber accueillera le mari de Carla au portail d'ArcelorMittal. Avec son gilet orange fluo, une nouvelle blouse qui lui sied si bien...

Jean-Michel Cavalli.