L'unité de l'intersyndicale soumise à rude épreuve

Publié le 08/03/2012
Le blocage des salariés aux portiers des usines a failli faire exploser l'intersyndicale d' ArcelorMittal. Malgré des tensions, l'action unitaire des sidérurgistes continue. François Chérèque était à Florange pour soutenir le mouvement.
L'unité de l'intersyndicale soumise à rude épreuve
L'unité de l'intersyndicale soumise à rude épreuve
Le blocage des salariés aux portiers des usines a failli faire exploser l'intersyndicale d' ArcelorMittal. Malgré des tensions, l'action unitaire des sidérurgistes continue. François Chérèque était à Florange pour soutenir le mouvement.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 08 Mars 2012 / Région /

 

 

Malgré la tension entre militants et salariés voulant travailler, les « tous ensemble, tous ensemble... » ont finalement repris le pas sur les échanges de noms d'oiseaux. Photo Philippe NEU

Je sens de la crainte et de la colère. Mais je voudrais aussi partager de l'espoir parce qu'on sait qu'il peut y avoir un avenir de la sidérurgie en Europe ». François Chérèque était, hier matin, à Florange pour soutenir l'action des salariés d'ArcelorMittal. Mais, à l'heure même, où le leader national de la CFDT rassure ses militants dans une salle bien au chaud, la tension monte sur les piquets de grève quelques mètres plus loin.

En retrait de l'intersyndicale depuis lundi, la CGC-CFE a mobilisé ses troupes et a conduit une centaine de salariés opposés au blocage jusqu'au portier des usines à froid. Sur fond de fumée de pneus enflammés, le face à face avec les militants CGT et CFDT est tendu. « Les gars ont envie de bosser mais on nous empêche d'entrer à nos postes sauf à passer par les champs... », dénonce Christophe, opérateur sur la ligne de galvanisation. « L es gens doivent avoir le choix d'aller travailler. Le problème c'est bien d'avoir du travail, ça ne doit pas être une histoire politique. Moi aujourd'hui je pointe quoi ? », lâche Jim Strapazzon, chef de poste au packaging. Pour ces salariés, les 17 M d'EUR d'investissements consentis par l'industriel ( Lire nos éditions précédentes ) sont « un premier pas, un bon signe. » Un argument faussé, difficile à entendre pour les militants syndicaux inquiets. « Le site est en danger ! La direction veut nous monter les uns contre les autres. Ce n'est pas la lutte qui affaiblit le site mais la politique de Mittal », exhorte Yves Fabbri (CGT). « Pourquoi vous ne manifestez pas quand Mittal vous met au chômage le vendredi ! », rétorque encore Frédéric Weber (CFDT).

L'intersyndicale ne tient plus qu'à un fil. FO, par la voix de Walter Broccoli réaffirme également son opposition à la « prise en otage des salariés. Le blocage des expéditions suffit et ça fonctionne ! ».

Blocage responsable

« On n'est pas des illuminés ! », reprennent les représentants de la CFDT. Et de revendiquer des « blocages responsables ».

Pour ne pas mettre en danger vital les clients automobiles (Volkswagen), cinq camions de bobines ont pu sortir des usines, hier après-midi. De même, « pour préserver l'outil de travail », les grévistes ont laissé passer les flux de charbon pour alimenter la cokerie et quelques trains pour TataSteel (usine de rails ex-Corus).

Malgré la tension, les « tous ensemble, tous ensemble... » ont finalement repris le pas sur les échanges de noms d'oiseaux. « Ça bouge les gars ! Il faut tenir. »

Après une heure de barbecue agitée, une réunion de l'intersyndicale a finalement pu se tenir dans le calme en début d'après-midi et aboutir à un communiqué commun. Les salariés auront accès à leurs postes de travail, mais le blocage des expéditions doit se poursuivre jusqu'à la fin de la semaine et une assemblée générale de tout le personnel programmée lundi à 17h.

Sourds aux menaces

Pour les militants, ces actions commencent à porter leurs fruits, plusieurs sites en aval sont à l'arrêt (notamment l'usine métallurgique de Mouzon dans les Ardennes). Mais, revers de la médaille, les menaces d'une demande de recours à la force publique par la direction s'accentuent. Une réunion avec les représentants syndicaux provoquée par la direction locale, mardi soir à 21h30, n'a pas plus abouti que le matin même (lire RL d'hier). Ni celle d'hier soir (lire ci-contre). L'intersyndicale réclame toujours du concret et l'affirmation que la décision de fermeture définitive des hauts fourneaux n'est pas déjà prise.

Lucie BOUVAREL.