La Fensch Vallée marque le coup

Publié le 16/12/2011
Le 16 octobre 1991, Bernard Lavilliers vient chanter avec sa seule guitare et des percus au pied des hauts fourneaux. Il avait promis de revenir vingt ans plus tard. Parole tenue !
La Fensch Vallée marque le coup
La Fensch Vallée marque le coup
Le 16 octobre 1991, Bernard Lavilliers vient chanter avec sa seule guitare et des percus au pied des hauts fourneaux. Il avait promis de revenir vingt ans plus tard. Parole tenue !

© Le Républicain Lorrain, Vendredi le 16 Décembre 2011 / Région /

 

Photo archives RL/Dominique STEINMETZ

La commémoration de la fermeture des hauts fourneaux d'Uckange, vingt ans plus tard, fait écho à la mise en veille de toute la filière chaude. Le combat ne cessera donc jamais ?

L'emploi au coeur. C'était leur slogan. Leur rage aussi. Le 25 juin 1991, quand Francis Mer, grand patron de la sidérurgie, annonce, depuis Paris, la fermeture des deux hauts fourneaux d'Uckange, personne ne s'y attend. 240 salariés sont concernés. « Le soir même, on occupait tous l'usine », se souvient Claudie Trzeciak. Le syndicaliste CGT milite encore aujourd'hui. Il était devant les portiers d'ArcelorMittal, à Florange, lors de la grève européenne du 7 décembre.

Au-delà du symbole, le quotidien d'une sidérurgie qui ne cesse de lutter pour sa survie. Comme une histoire qui se répète un peu trop souvent. Aujourd'hui, la lutte concerne d'autres hauts fourneaux : P3 et P6, à Hayange. Avec, en aval, toute la filière chaude.

Il y a vingt ans, en petit comité et à voix basse, la CFDT expliquait déjà que la fermeture des U1 et U4 d'Uckange augurait un triste avenir pour la filière fonte du Nord mosellan. « C'était au temps de la fermeture des mines de fer », se souvient Jean-Louis Malys, secrétaire national de la CFDT. L'arrêt de l'extraction à Mairy-Mainville, dernière mine en activité, est annoncée le même jour que la fermeture d'Uckange, où la fonte de moulage est condamnée. On abandonne la fonte hématite pour passer au minerai exotique. « On fermait Uckange pour pouvoir utiliser son usine d'agglomération. Moi, je pensais qu'il fallait fermer tous les hauts fourneaux et en construire un tout neuf, un gros, comme à Fos ou Dunkerque. » Aujourd'hui, Jean-Louis Malys se dit qu'il ne pensait pas si mal. Rombas a fermé et Hayange en sursis se raccroche à l'espoir d'Ulcos.

Uckange s'est battue comme un lion, avec le coeur et avec dignité. « On avait compris que la bataille se gagnerait avec les images, les opinions et le discours du coeur, » analyse aujourd'hui Claudie Trzeciak. À côté des opérations commando, de l'inévitable séquestration avec mise à sac du bureau du directeur général de Lorfonte, d'incroyables entreprises de séduction ont été montées. La ville morte devient ville vivante, avec toutes les associations rassemblées sur le stade de la ville. Le 16 octobre 1991, Bernard Lavilliers est là. « En moins de dix minutes, il nous avait donné son accord », se souvient Jean-Louis Malys. Un peu comme aujourd'hui. Le chanteur a accepté de revenir sur les lieux. En vingt ans, le U4 a été préservé et conservé comme lieu de mémoire. Le U1 a été oublié... signe que la préservation du U4 ne fait pas que coûter. Elle enrichit, aussi.

Laurence SCHMITTet Lucie BOUVAREL.