Le bivouac des sidérurgistes

Publié le 30/03/2012
Mobilisation : la « Marche pour l'emploi » des ouvriers d'ArcelorMittal a fait escale hier soir à Dugny-sur-Meuse
Le bivouac des sidérurgistes
Le bivouac des sidérurgistes
Mobilisation : la « Marche pour l'emploi » des ouvriers d'ArcelorMittal a fait escale hier soir à Dugny-sur-Meuse

© L'Est Républicain, Vendredi le 30 Mars 2012 / Région Lorraine

 

Le groupe a été accueilli par le maire de Dugny. Des lits picots avaient été mis à leur disposition par la Croix-Rouge. Photos Franck LALLEMAND

Verdun. Ils sont arrivés fatigués mais souriants en fin de journée hier, à Verdun. En entrant rue Mazel, la principale artère commerçante de la ville, les 18 ouvriers d'ArcelorMittal ont scandé des « Verdun avec nous » et surtout ces trois mots, « on lâche rien », qui traduit leur état d'esprit. Après avoir avalé une quarantaine de kilomètres à pied, les douleurs étaient tenaces. Mais malgré les ampoules et les muscles qui tiraillent, « le moral est bon, c'est le principal », lanceJacques Minet, de la CFDT.

Les ouvriers d'ArcelorMittal ont entamé mercredi un périple de 350 km à pied jusqu'à Paris, pour tenter de sauver les 3.000 emplois du site, à Florange. Verdun ville symbole étant sur leur feuille de route, l'escale semblait évidente. C'était sans compter sur la décision du maire, Arsène Lux. Par courrier, il les a informés qu'il ne donnait pas suite à leur demande d'hébergement, « ces dépenses ne pouvant juridiquement être prises en charge par la collectivité ». Et de joindre au courrier les contacts des antennes locales des syndicats, ainsi qu'une liste d'hôtels. « Sincèrement, on pensait que tout le monde allait jouer le jeu », lance Antoine, dans le cortège. « Mon arrière-grand-père a défendu Verdun les armes à la main, et il est mort ici », commente Djaffar, dépité. Quatre villes sur leurs parcours ont d'ores et déjà pris la même décision et refusé de les héberger.

Après un couac dans l'organisation à Belleville-sur-Meuse, c'est finalement Dugny, commune située à 6 km de Verdun qui a accueilli les « métallos ». Avant d'atteindre leur ville étape, ils ont fait une pause dans un troquet du centre-ville verdunois. Leurs drapeaux et pulls floqués « l'acier lorrain vivra » ont attiré les passants. Simon Roncevic, buraliste, est venu soutenir la cause. « J'ai travaillé 25 ans dans la sidérurgie à Serémange, alors je connais bien la situation ». Les mobilisations pour sauver des emplois, il en a connu pas mal entre 1963 et 1987.

« Aussi une aventure humaine »

Direction ensuite le centre social de Dugny-sur-Meuse, où le maire, Guy Péridon, les attendait avec une délégation d'habitants de la commune. Première action, déplier et installer les lits picots mis à disposition par la Croix-Rouge. Le maire s'est alors adressé au groupe. « On connaît la sidérurgie à Dugny, on a une grosse usine qui produit de la chaux. Nous avons des problèmes qui nous lient, car si on n'a plus d'acier, on n'a plus de chaux », lance-t-il avant d'ajouter, « c'est un vrai plaisir de vous accueillir ».

Épuisés, « schalpps » au pied, tous faisaient de l'oeil à la douche qui les attendait, et au repas préparé par le traiteur local et les habitants. « Les troupes ne vont pas traîner ce soir », lance un ouvrier de Florange. Un texto à la famille, ou carrément un coup de fil reçu par leur maman, tous profitent de ce moment pour relâcher la pression. « Le soir, on rigole bien », avouent-ils. « Cette marche, c'est aussi une aventure humaine, on ne se connaissait pas forcément tous avant », explique Rudy. Ce matin avant de partir, ils ont pu prendre leur petit-déjeuner au café du village, direction Sainte-Menehould, après 40 km de marche. « On aimerait bien que des gens nous rejoignent sur la route, » lance Antoine. Tous aimeraient surtout voir le maximum de monde réuni à Paris le 6 avril, pour le concert de soutien donné au Trocadéro avec Zebda et Bernard Lavilliers. À Dugny en tout cas, le message est passé. « J'en parlerai demain aux fours à chaux », lance un habitant.

Léa BOSCHIERO