Le bras de fer se poursuit chez Sécofab

Publié le 26/05/2012
Ils se parlent, mais ne se comprennent pas. Personnels et direction de Sécofab, à Sarralbe, campent sur leurs positions. La grève se poursuit.
Le bras de fer se poursuit chez Sécofab
Le bras de fer se poursuit chez Sécofab
Ils se parlent, mais ne se comprennent pas. Personnels et direction de Sécofab, à Sarralbe, campent sur leurs positions. La grève se poursuit.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 26 Mai 2012 / SRG
 
Près de 150 salariés, en grève, étaient réunis hier après-midi en assemblée généraledevant les grilles de l'usine de Sarralbe. Photo RL 

Qui va céder ? Depuis quatre jours, 90 % des employés de Sécofab, à Sarralbe, sont en grève pour demander 3 % d'augmentation de salaire. Au minimum. Depuis quatre jours, la direction de l'actionnaire, Sotralentz, à Drulingen, ne change pas d'avis. Les négociations reprendront une fois que la grève sera levée. Le hic : depuis quatre jours donc, les deux camps ne lâchent rien. « On ne veut pas de M & M's, ni de cacahuètes. En dessous des 3 %, on n'accepte rien », crient les salariés, réunis hier à 14 h tapantes en assemblée générale devant les grilles de l'usine.

Engagement

Le barbecue encore fumant, trois dirigeants arrivent. Philippe Kientz, DRH, Patrick Mochel, secrétaire général, et Arnaud Touchet, directeur du site de Sarralbe. Leurs discours sont toujours les mêmes. « Il n'y aura pas de discussions s'il n'y a pas de reprise du travail. Des propositions ont été faites. On reverra les paramètres dans la limite du possible. Le groupe redistribue en augmentation de salaires et en participation l'équivalent des gains de 2011. » Une enveloppe d'un million d'euros est à distribuer entre tous les sites du groupe. A Drulingen, la grève a été levée jeudi après-midi. Les négociations ont repris. Des avancées ont été promises pour le site de Sarralbe. « On fait un effort supplémentaire de 0,5 %, disent les dirigeants. Cet effort sera maintenu. Mais si les choses perdurent, peut-être pas, car ce mouvement a un coût. »

Réunis autour de Patrick Meichel, délégué CFE-CGC, et Frédéric Schlesser, de la CFDT, les salariés sont chauffés à bloc. Sous un soleil de plomb. « On n'a pas l'impression d'être récompensés. On demande des garanties », dit l'un d'eux. « J'ai donné des garanties. J'ai une parole, pas deux », répond le DRH. « Mais pourquoi cette discussion ne peut pas se faire avant la reprise du travail ? », remarque une femme. « On ne négocie pas sous la pression. Les conditions économiques sont difficiles. Sécofab a l'appui de la trésorerie du groupe et lui doit 2 millions d'euros. » Depuis le rachat, en 2007, d'importants investissements ont été réalisés, et notamment une aléseuse, machine qui permet de travailler des pièces plus importantes. Les carnets de commande sont pleins sur un an. Sécofab a été sauvé du dépôt de bilan et refait des bénéfices.

« Mais pourquoi irait-on travailler si on n'a rien de concret ? On donne de notre santé. On a donné tout ce qu'on pouvait pour remonter la pente. On ne demande pas l'impossible. » Les employés de Sécofab n'ont pas des salaires de ministre. Avec 25 ans d'ancienneté, un soudeur gagne 10,75 EUR bruts de l'heure. Un autre, embauché il y a quatre ans, avoue gagner 10,20 EUR pour le même travail. Avec l'augmentation du coût de la vie, ils ont du mal à joindre les deux bouts. « Il leur manque 4,5 % pour être au niveau de l'inflation ces cinq dernières années », remarque Didier Getrey, responsable CFDT-métallurgie en Lorraine, qui a rencontré les grévistes hier après-midi.

Efforts

« Depuis le rachat, continue Philippe Kientz, nous avons investi, nous avons développé l'outil de production. Sécofab perdait de l'argent. On ne peut pas tout faire d'un coup. C'est la première fois qu'on fait quelque chose de plus pour ce site. » Et de continuer : « L'année dernière, on avait négocié 2 % d'augmentation générale de salaire, plus 0,5 en individuel. En réalité, l'enveloppe était supérieure. Elle était de 3 %. Quand on parle de confiance, les preuves ne sont plus à faire. »

Mais les salariés ne l'entendent pas de cette oreille. Même après une heure de discussion avec leurs dirigeants, ils n'ont pas lâché le morceau. Ils ont décidé à l'unanimité de continuer leur mouvement de grève. Pour trouver enfin une solution viable, une médiation sera demandée à l'inspection du travail la semaine prochaine.

Jonathan BREUER.