Le conflit qui voulait séduire

Publié le 16/12/2011
C'était il y a vingt ans. L'annonce tel un couperet, de la fermeture des deux hauts-fourneaux, U1 et U4, de Lorfonte à Uckange.
Le conflit qui voulait séduire
Le conflit qui voulait séduire
C'était il y a vingt ans. L'annonce tel un couperet, de la fermeture des deux hauts-fourneaux, U1 et U4, de Lorfonte à Uckange.

© Le Républicain Lorrain, Vendredi le 16 Décembre 2011 / THI /

 

 

Le conflit pour la sauvegarde des hauts fourneaux d'Uckange a joué sur toutes les tableaux : manière forte sans être musclée, manif devant la sous-préf et opérations séductions... Photo Archives RL

 

C'était le temps d'un PDG nommé Francis Mer et l'espoir de voir les restes de la sidérurgie se consolider. Les grands conflits, les luttes violentes et acharnées semblaient révolues... La fermeture des mines de fer était actée et l'annonce ce même 25 juin 1991 de l'arrêt de la dernière mine de fer n'a guère fait réagir. Pour les hauts-fourneaux d'Uckange, c'était réveiller une méchante plaie. Comme une sale rechute.

Uckange, épiphénomène dans une sidérurgie condamnée à se restructurer ? Ou signe de la mort annoncée de la filière fonte ? Les deux théories s'opposaient.

Les syndicats font cause commune. Ils ne s'accordent pas sur tout, mais l'intersyndicale tient bon. Le conflit s'organise et les assemblées générales se multiplient au pied des hauts-fourneaux. La direction s'enferre dans son silence. Les journalistes occupent le terrain. L'empathie tourne à plein. Les opérations commando contre les trains de minerai au p'tit matin se montent, mais le matériel est préservé. C'est le mot d'ordre. Un conflit dans la dignité. Un conflit qui force le respect. Certes, il y a bien eu un coup de sang contre le DG Lorfonte, Jean-Claude Muller, son mobilier jeté depuis les fenêtres des Grands Bureaux, sa séquestration... Mais rapidement, l'intersyndicale déclenche des opérations séduction. « On voulait la population avec nous, se souvient Jean-Louis Malys, CFDT. On n'a rien inventé, juste condensé ce que d'autres avaient déjà testé. »

La traditionnelle opération ville morte se métamorphose en ville vivante. Le 6 juillet 1991, tous les hauts-fournistes, tous les Uckangeois, toutes les associations se retrouvent au stade. Et c'est un défilé iconoclaste, coloré et pétillant, qui peuple tout à coup la ville. Les opérations escargot se transforment en distribution de tracts avec café-croissant. Et Jean-Louis Malys de s'interroger sur la dernière coulée. Car malgré l'énergie déployée, les Non, ils n'auront pas notre usine... la plupart savaient U4 et U1 condamnés. La plupart avaient compris que cette fermeture augurait d'autres fins encore. « Lavilliers était déjà venu en 1977, j'avais gardé un numéro de téléphone. Je suis tombé sur son agent, Michel Martig de Joeuf. Il se souvenait de moi. » Dix minutes plus tard, Lavilliers donnait son accord.

Ce jour d'octobre 1991, le chanteur se produisait au pied de l'usine. Personne, en haut lieu, n'a osé interdire l'initiative. Le 17 décembre, les familles ont même été autorisées à assister à la dernière coulée. Plus de mille personnes étaient sur site.