Le coup de chaleur des ouvriers de Behr

Publié le 03/11/2010
Des barricades de pneus, des palettes qui brûlent, une cinquantaine de personnes en travers de la route et surtout de gros bouchons sur les routes menant à l'Eurôpole. Le réveil a été brutal hier matin à Hambach.
Le coup de chaleur des ouvriers de Behr
Le coup de chaleur des ouvriers de Behr
Des barricades de pneus, des palettes qui brûlent, une cinquantaine de personnes en travers de la route et surtout de gros bouchons sur les routes menant à l'Eurôpole. Le réveil a été brutal hier matin à Hambach.

Le Républicain Lorrain, Mercredi le 03 Novembre 2010 / SRG + FOR
 

 

Dès 6 h, les grévistes de Behr ont investi le rond-point de l'Europôle et filtré l'accès à la zone. Les camions ont notamment été refusés. Dans l'après-midi, quelques semi-remorques ont pu passer le barrage des manifestants et ainsi alimenter l'usine Smart, à cours de roues et de sièges. Photo Thierry NICOLAS

A 6 h, des employés de production de la société Behr, spécialisée dans la fabrication de systèmes de climatisation et de refroidissement, notamment pour l'automobile, ont entamé une grève illimitée. Et cela s'est vu. Les manifestants ont filtré l'accès à l'Europôle tout en distribuant des tracts. Les salariés de Behr qui souhaitaient rejoindre l'usine étaient persona non grata, tout comme les camions. Les autres travailleurs de la zone, ceux de Smart par exemple, passaient au compte-gouttes. Résultat : les automobilistes ont laissé leur véhicule un peu partout sur les bas-côtés pour rallier leurs entreprises à pied.

« On gagneen-dessous du Smic »

Ce mouvement de grogne intervient dans un contexte déjà tendu chez Behr. Le rachat de la société par le groupe allemand Mahle a suscité de nombreuses inquiétudes parmi les salariés (lire Le Républicain Lorrain du 10 septembre). Mais la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, ce sont les négociations annuelles obligatoires. Elles ont été amorcées vendredi et ont vite abouti à une situation de blocage entre direction et ouvriers. « Nous demandons notamment 100 EUR de plus par mois (N.D.L.R. : entre + 10 et + 12 %) et une augmentation de la prime de nuit, de 11 à 20 % », commente Thierry Riff, délégué CFDT. Le syndicaliste rappelle qu'une fois les différentes primes retirées du salaire, il ne reste que 990 EUR par mois aux ouvriers. Mais aussi que l'usine comptait 1 200 salariés en 2000, contre un peu plus de 500 aujourd'hui. Une réduction sans aucun plan social.

Face aux revendications de l'intersyndicale CGT-FO-CFDT, la direction, qui n'a pas donné suite à nos sollicitations, a pour l'instant adressé une fin de non-recevoir. De quoi dépiter les grévistes. « Ça fait 15 ans qu'on travaille ici, on gagne en-dessous du Smic. On en a marre », lâche Coskun Erdogan, délégué CGT.

La grève reconduite ce matin

A l'heure du déjeuner, la sous-préfète de l'arrondissement de Sarreguemines a provoqué une réunion avec manifestants et direction. S'il n'a toujours pas été question de reprise des négociations, la représentante de l'Etat souhaitait surtout que les grévistes libèrent le rond-point où ils avaient planté leurs piquets. Car la situation devenait critique pour d'autres entreprises de l'Europôle, privées de livraisons. C'était le cas chez Smart, à l'arrêt depuis le milieu de la matinée, faute de roues et de sièges.

La demande de la sous-préfète a été partiellement satisfaite à 14 h 30, après quelques palabres entre les trois syndicats. Vingt minutes plus tard, deux camions réussissaient à s'extirper de nouveaux bouchons dûs au changement de poste pour rejoindre l'usine automobile. Mais les manifestants n'étaient pas pour autant décidés à lever le camp. Le mouvement a été reconduit pour ce matin. Avec les mêmes perturbations qui l'accompagneront.

Pascal MITTELBERGER.

Une partie des salariés de l'entreprise Behr a entamé hier un mouvement de grogne suite à des négociations annuelles obligatoires avortées avec la direction. La grève a perturbé le trafic sur l'Europôle.