Le coût du travail en questions

Publié le 16/07/2012
Le coût du travail est-il trop élevé en France ? L'alléger permettrait-il de sauvegarder des emplois ? Autant de questions relancées lors de la conférence sociale de la semaine dernière et par le plan massif de suppressions de postes annoncé jeudi chez PSA.
Le coût du travail en questions
Le coût du travail en questions
Le coût du travail est-il trop élevé en France ? L'alléger permettrait-il de sauvegarder des emplois ? Autant de questions relancées lors de la conférence sociale de la semaine dernière et par le plan massif de suppressions de postes annoncé jeudi chez PSA.

© L'Est Républicain, Vosges Matin, Lundi le 16 Juillet 2012 / Ouverture France-Monde

PSA-La Janais (Rennes),

- Qu'entend-onpar coût du travail ?

On désigne en général par coût du travail un indice qui agrège les coûts salariaux et non salariaux - cotisations sociales patronales, impôts -, en retranchant les subventions publiques. Plusieurs instituts le mesurent, avec des critères légèrement variables, certains prenant aussi en compte les coûts de recrutement ou de formation, rendant ainsi délicates les comparaisons.

- Le coût du travail est-il particulièrement élevé en France ?

Si on se réfère aux dernières données d'Eurostat, le coût horaire du travail en 2011 en France était 12 % supérieur à celui de son voisin allemand, à 34,20 euros. La moyenne européenne se situe, elle, à 23,10 euros, masquant de forts écarts (de 3,50 euros en Bulgarie à 39,30 euros en Belgique, au premier rang des pays de l'Union).

Ce différentiel s'explique notamment par la modération salariale pratiquée outre-Rhin et l'absence de salaire minimum généralisé (alors que le Smic français est un des plus élevés de la zone OCDE). Mais aussi par une réduction en 2007 du taux de cotisation patronale équivalent à 1 point de TVA, alors qu'en France la protection sociale continue de peser essentiellement sur les revenus d'activité.

A noter que ce coût du travail a connu entre 2001 et 2011 une forte augmentation en France (+39,2%), alors que l'Allemagne observait la plus faible progression de toute l'UE (+19,4%), selon Destatis, l'office allemand de la statistique.

Les coûts seraient en revanche comparables dans l'industrie (autour de 33 euros), plaçant Paris et Berlin dans le groupe à fort coût, selon une étude de l'Insee portant sur la période 1996-2008.

- Est-ce un bon indicateur ?

Pour certains économistes, considérer cet indice est insuffisant, notamment dans l'industrie. « Il n'y a pas de débat sur le fait que le coût du travail est plus élevé en France qu'en Allemagne, mais il faut aller plus loin », relève Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS. Selon l'expert, si on prend en compte le degré d'externalisation industrielle (sous-traitance et délocalisations), plus fort en Allemagne, l'écart réel en termes de coût du travail entre Paris et Berlin grimpe alors « à 25 points ».

M. Cohen souligne aussi que « si les entreprises françaises ont moins délocalisé, l'avantage social se trouve pourtant renforcé en Allemagne, où on a conservé davantage d'emplois ». « C'est cela qui a tué PSA Peugeot Citroën, qui n'a pas su optimiser sa chaîne de production et s'est mis à perdre de l'argent sur son marché national », poursuit-il.

- Alléger le coût du travail solutionnerait-il le problèmedu chômage ?

Un grand nombre d'experts préconisent une baisse massive des charges pesant sur le travail. « Les pays comparables, qui ont eu des problèmes de compétitivité il y a une dizaine d'années, ont massivement transféré les charges qui pesaient sur le travail vers le revenu ou la consommation, créant un ''choc d'offre''. Ils sont ainsi parvenus à redresser leur compétitivité », affirme Elie Cohen, citant la Suède, le Danemark et l'Allemagne.

« A long terme, l'enseignement et la recherche sont indispensables, mais à court terme, un choc d'offre est le seul moyen de stimuler la compétitivité », et donc l'emploi, estime l'économiste.

- La compétitivité se réduit-elle au coût du travail ?

Le sujet est au coeur du débat patronat-syndicats, ces derniers refusant de résumer la compétitivité au coût du travail. En 2011, trois d'entre eux (CFDT, CFTC et CFE-CGC) sont toutefois parvenus à livrer avec les organisations patronales (Medef, CGPME et UPA) une analyse commune de la compétitivité, diagnostiquant de nombreux autres facteurs (l'innovation, la qualité et le savoir-faire de la main-d'oeuvre, la formation...) et concluant qu'il est nécessaire d'« améliorer à la fois la compétitivité coût et la compétitivité hors coût ».