Le début de la fin...

Publié le 15/02/2012 (mis à jour le 22/02/2012)
« C'est la mort programmée de la sidérurgie Lorraine. » Pour l'intersyndicale d'ArcelorMittal à Florange, le couperet est tombé hier, avec la confirmation du maintien de l'arrêt des hauts-fourneaux et d'une ligne de packaging pour le deuxième trimestre.
Le début de la fin...
Le début de la fin...
« C'est la mort programmée de la sidérurgie Lorraine. » Pour l'intersyndicale d'ArcelorMittal à Florange, le couperet est tombé hier, avec la confirmation du maintien de l'arrêt des hauts-fourneaux et d'une ligne de packaging pour le deuxième trimestre.

© Le Républicain Lorrain, Mercredi le 15 Février 2012 / THI /

 
Triste rendez-vous de Saint-Valentin pour les sidérurgistes de la Fensch. Le SOS lancé pour la Vallée est plus que jamais d'actualité. Photos Pierre HECKLER

 Difficile de croire à un redémarrage en 2013, mais les salariés unis ne veulent pas se laisser faire. Le scénario du pire ? L'annonce d'une fermeture dans la foulée des élections présidentielles. Mâchoires serrées, visages fermés, les syndicalistes avaient beau s'y attendre, « les propos catastrophiques de la direction », hier matin, ont porté un nouveau coup. Mais renforcé l'unité syndicale.

Le directeur d'ArcelorMittal Florange, avait convié, hier, les organisations syndicales pour une réunion bilatérale, un simple point 'non officiel'. Mais tous syndicats confondus, aucun n'était dupe des mauvaises nouvelles à venir. Forcé à s'exprimer devant une quarantaine de représentants de l'intersyndicale, Thierry Renaudin, n'a pu que confirmer ce que tous craignaient. Les hauts-fourneaux (P3 et P6) mis en veille ne redémarreront pas au second trimestre. Pas plus que la ligne d'étamage 2 du packaging (fabrication des boîtes de conserves). Le troisième trimestre étant traditionnellement le plus faible quant à la demande d'acier, la probabilité d'un redémarrage de la filière chaude en 2012 est infime.

« Pour nous c'est le début de la fin. L'usine est à l'arrêt, le chômage va durer. Et après ? » Difficile d'y croire encore pour Walter Brocoli (FO).

Après le chômage partiel qui touche déjà quelque 2 500 salariés depuis octobre - et impacte 160 sous-traitants - le syndicaliste craint le plan social. Sentiment partagé, « ce qui nous pend au nez c'est la mort programmée du site tout entier », lâche Edouard Martin (CFDT). « On imagine mal un arrêt provisoire de 18 mois. » Les outils souffrent et, même si techniquement, le redémarrage reste envisageable, « avec la mobilité proposée aux salariés qui restera pour faire tourner la machine ? » s'inquiète encore Xavier Lecoq (CFE-CGC).

« Nous ne serons pas les Grecs de la sidérurgie française ! Nous ne nous laisserons pas massacrer en silence ». Unanime pour dénoncer les seules considérations financières de Mittal, l'intersyndicale promet : « Le temps est à l'action ». Reste à mobiliser les hommes. Tous les salariés sont attendus, dès jeudi prochain, à 17 h, à La Passerelle de Florange.

« Mittal veut fermer Florange ». Pour Walter Brocoli, la chose est entendue, les annonces de la direction « petit bout par petit bout, pour ne pas faire de vagues », servent un plan déjà défini vers la disparition du site.

« On ne nous a pas encore tout dit... », s'inquiètent les syndicalistes de FO. Les craintes sont aussi importantes sur le packaging que sur la filière chaude, « qui sait ce qu'ils vont nous annoncer le 23 février ? (date du prochain comité central d'entreprise) » Et d'insister : « Tout le monde sera concerné ! »

Edouard Martin, ne laissera pas Mittal imposer sa stratégie purement financière, sacrifier le site de Florange pour le seul profit, sans faire de bruit.

« Notre silence serait synonyme de mort industrielle de la vallée ». Le syndicaliste annonce déjà une riposte collective.

Ulcos ? « La direction n'en a pas dit un mot. »

Le projet de captage-stockage de CO2,

en attente d'une décision de financement de l'Union européenne, semble pourtant le seul espoir pour la pérennité de la filière liquide

à Florange. « Si le projet est accepté, il faudra bien redémarrer. Il faut y croire », assure Xavier Le Coq (CFE-CGC).

Mais le coût financier du projet (650 millions d'EUR) et les atermoiements de l'Union européenne - qui ne rendra pas de décision avant le second semestre -sont loin de rassurer l'ensemble des salariés. « En retardant sa décision, Bruxelles fait le jeu de Mittal », s'emporte Edouard Martin (CFDT).

Xavier Le Coq était, hier, plus inquiet que surpris par la confirmation de la direction. Pour le représentant de la CFE-CGC, la mise en veille prolongée continue d'affaiblir l'outil et d'appauvrir le site de Florange, « Cet arrêt temporaire coûte cher. Oui Mittal devrait avoir une autre stratégie », assure le syndicaliste.

Le groupe Mittal a réussi à augmenter son chiffre d'affaires à 22,5 milliards de dollars en un an.

Alors, le 'manque de compétitivité industrielle' évoqué, ne peut que faire bondir Yves Fabbri.

Le représentant de la CGT dénonce aussi le choix politique d'abandonner l'industrie Lorraine et s'inquiète : « Derrière la sidérurgie, c'est la métallurgie - 50 000 emplois en Lorraine - qui est menacée ».